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mercredi 9 mai 2018

Une lecture manichéenne et zoroastrienne des premiers versets de la sourate at-Tur 52 : "Une contribution pour décoder les versets incompréhensibles du Coran"

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Les sources utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- Le Testament de Levi (Livre apocryphe de l'Ancien Testament)
- The Sea of Fire as a Chinese Manichaean Metaphor
- THE FIRMAMENT AND THE WATER ABOVE
Heaven and Earth in the Gospel of Matthew
The Westminster Dictionary of New Testament & Early Christian Literature & Rhetoric
lettres envoyées d'Egypte par Jean-François Champollion en 1828 et 1829
- L'Avesta, livre sacré du Zoroastrisme, traduit en Français
- Kitab al-Fahrast الفهرست d'Ibn Nadim (en arabe)
- Kitab al-Maarif d'Ibn Qoutayba ابن قتيبة, كتاب المعارف (en arabe)

Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou sur les phrases.

Dans cet article, nous allons proposer une nouvelle lecture de certains versets du début de la sourate at-Tur 52. C'est plus particulièrement le sixième verset qui fera l'objet d'un nouvel éclairage, étant donné le manque d'informations claires et les contradictions exégétiques que nous trouvons dans les livres islamiques autour de ce verset. Le premier verset sera aussi regardé de près. 
Les traditions et croyances manichéennes et zoroastriennes sont principalement utilisées dans cette lecture.

Voici les premiers versets de la sourate at-Tur 52 :  
1-7 :سورة الطور52
وَالطُّورِ (1) وَكِتَابٍ مَّسْطُورٍ (2) فِي رَقٍّ مَّنشُورٍ (3) وَالْبَيْتِ الْمَعْمُورِ (4) وَالسَّقْفِ الْمَرْفُوعِ (5) وَالْبَحْرِ الْمَسْجُورِ (6) إِنَّ عَذَابَ رَبِّكَ لَوَاقِعٌ (7
Sourate at-Tur 52:1-7
"1.Par Aṭ-Ṭūr (montagne) 2. Et par un Livre écrit 3. sur un parchemin déployé ! 4. Et par la Maison peuplée 5. Et par la Voûte élevée ! 6. Et par la Mer "en furie et embrasée" 7. Le châtiment de ton Seigneur aura lieu"

Représentation de la "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ  

L'océan céleste dans la tradition islamique (البحر السماوي في الديانة الإسلامية)

Les exégèses des premiers versets de la sourate at-Tur 52, nous apprennent que "at-Tur" [verset 1] est un "mot syriaque" qui signifie "Montagne" et qui serait la "montagne de Sinaï" ou bien "une montagne dans le Paradis". Les deuxième et troisième versets évoqueraient le "Coran" ou bien la "Torah". Le quatrième verset serait une "mosquée dans le septième ciel" qui se trouve, selon le fameux hadith du voyage nocturne, juste "au-dessus de la Ka'baa" où "soixante-dix milles anges entrent pour prier". La "Voûte élevée" du cinquième verset serait le "Ciel" comme décrit dans le verset 21:32 "Nous avons fait du ciel une voûte protégée", وَجَعَلْنَا السَّمَاءَ سَقْفًا مَّحْفُوظًا . Enfin, et c'est le verset qui nous intéresse le plus dans cet article, la sourate mentionne une "Mer en furie et embrasée" (الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ) dans le sixième verset.

La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ dans les livres d’exégèse islamique
Depuis les premiers siècles de l'islam et jusqu'à nos jours, les exégètes du Coran ne nous ont jamais donné de définition précise de cette "mer en furie et embrasée" citée dans le verset 52:6.
L'interprétation d'un des premiers exégètes du Coran, Mujahid ibn Jabr (645-722 مُجاهِد بْن جَبْر), serait une "mer embrasée" dans les cieux et sous l'enfer. Celle de Qatada ibn Da'ama (680-736 قتادة بن دعامة ), serait une "mer remplie" (بحر مملوء) (Source : Tafsir ibn Kathir). Une autre interprétation, antagoniste à cette dernière, est celle d'Abdallah Ibn Abbas (619-688)  عبد الله بن عباس qui rapporte que la mer dans le verset 52:6 est une "mer vide" (بحر فارغ) (Source : Tafssir ibn Kathir). D'autres avaient aussi avancé que cette mer serait celle qui sera transformée en flammes le jour de la résurrection. Enfin, et cela est répété un peu partout dans les exégèses, comme celle d'Ibn Jarir Tabari ( 839-923 بن جرير الطبري), ce serait une "mer sous le trône d'Allah", expression qu'on trouve d'ailleurs dans le verset de la sourate Hud 11:7 "alors que Son Trône était sur l'eau"  وَكَانَ عَرْشُهُ عَلَى الْمَاءِ.

Voici des extraits (en arabe) des toutes premières exégèses coraniques du verset 52:6 (source):
تفسير مجاهد بن جبر المخزومي (ت 104 هـقال علي بن أَبي طالب، عليه السلام، ليهودي: أَين جهنم؟ فقال اليهودي: تحت البحر. قال علي: صدق. ثم قرأَ: وَٱلْبَحْرِ ٱلْمَسْجُورِ
تفسير غريب القرآن, زيد بن علي (ت 120 هـالبَحرُ المَسجورِ: بَحرٌ تَحتَ العَرشِ يُسمى بَحرُ الحَياةِ
تفسير مقاتل بن سليمان (ت 150 هـوَٱلْبَحْرِ ٱلْمَسْجُورِ, تحت العرش الممتلىء من الماء يسمى بحر الحيوان يحيى الله به الموتى فيما بين النفختين
تفسير الطبري (ت 301 هـ "إن هذا البحر المسجور الذي أقسم به ربنا تبارك وتعالى بحر في السماء تحت العرش"

Par conséquent, on ne connait pas exactement la signification théologique de cette "mer en furie et embrasée" البحر المسجور citée dans le verset 52:6. Mais, du fait du nombre d'occurrence dans les exégèses, on peut quand même penser que les musulmans des premiers siècles de l'islam croyaient en l'existence d'une étendue d'eau qui se trouve dans les cieux sous le trône.




La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ vue par les défenseurs des "miracles scientifiques dans le Coran"
Les défenseurs des soi-disant miracles scientifiques dans le Coran utilisent les photos prises des volcans sous-marins pour répandre l'idée selon laquelle le verset 52:6 est un "miracle scientifique" et que Dieu révélait ce phénomène naturel, inconnu des musulmans du 7e siècle, pour que ceux du 20 et 21e siècles le comprennent.
Une des photos utilisées par les défenseurs des
"miracles scientifiques dans le Coran" pour le verset 52:6
Le soleil et la lune naviguant dans les "eaux célestes" ? الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ كُلٌّ فِي فَلَكٍ يَسْبَحُونَ
Le mot en arabe "falak" فَلَك dans le verset 21:33 a été interprété et traduit par "orbite" qui signifie مَدَار "Et c’est Lui qui a créé la nuit et le jour, le soleil et la lune; chacun dans une orbite naviguent.". Le soleil et la lune seraient donc sur des orbites dans le ciel. Mais la définition du mot "orbite" telle que nous la connaissons aujourd'hui signifie toute trajectoire fermée d'un corps animé d'un mouvement périodique. Dans ce cas, il y a un problème pour le soleil qui, on le sait, tourne, comme les autres étoiles de notre galaxie, autour du centre de cette dernière et pas autour de la terre ou d'un autre corps céleste du système solaire. Par conséquent, toutes les exégèses relatives à ce verset seraient fausses parce que les exégètes pensaient que ce fut la terre qui était immobile et le soleil qui tournait autour d'elle. Mais les défenseurs des "miracles scientifiques dans le Coran" diront, si ce n'est pas déjà le cas, que ce verset aussi contient un miracle parce qu'il mentionnait le gros trou noir qui se trouverait au centre de notre galaxie et qui ferait tourner les étoiles autour de lui.

Regardons maintenant les définitions du mot "falak" فَلَك dans les vieux lexiques arabes. Les premiers lexiques n'ont vu le jour qu'à la fin du deuxième siècle de l'hégire et un des plus complets est Lisan al-arab (9e siècle) d'Ibn Mandhour. Dans ce lexique le mot "falak" فَلَك a deux significations :
  1. "falak" فَلَك : trajectoire des étoiles 
  2. "falak" فَلَك : vague dans la mer 
Voici des extraits (en arabe) de la définition de "falak" فَلَك dans lisan al-arab :

الفَلَك : مدار النجوم
الفَلَك : موج البحر

 قوله في فلك فيه قولان : فأما الذي تعرفه العامة فإنه شبهه بفلك السماء الذي تدور عليه النجوم وهو الذي يقال له القطب شبه بقطب الرحى ، قال : وقال بعض العرب الفلك هو الموج إذا ماج في البحر فاضطرب وجاء وذهب فشبه الفرس في اضطرابه بذلك ، وإنما كانت عينا أصابته ، قال : وهو الصحيح . والفلك : موج البحر

Si nous retenons la deuxième définition, nous pouvons conclure que le soleil naviguerait sur une vague dans une mer céleste. Et cette définition est aussi citée dans l’exégèse de Tabari du verset 21:33 :

قال آخرون: الفلك موج مكفوف تجري الشمس والقمر والنجوم فيه

Notons aussi qu'étant donné l'absence des points diacritiques التنقيط sur les premiers manuscrits coraniques, ce mot pourrait aussi être lu "fulk" فُلْك qui signifie "barque" ! Et cela nous semble aussi logique quand nous nous referons aux croyances anciennes des peuples du Moyen-Orient (voir la barque du Dieu Solaire, plus bas, dans le paragraphe consacré à la mythologie égyptienne). 

Par conséquent, le soleil et la lune auraient été vus comme des astres naviguant dans un océan  d'eau situé dans le ciel. Mais quelle est l'origine de cette croyance ?

L'océan céleste dans la religion juive (البحر السماوي في الديانة اليهودية)

En s'inspirant des croyances des peuples sumériens, les auteurs bibliques de la Torah et de ses livres apocryphes avaient imaginé la terre comme un disque plat flottant dans l'eau, avec sept cieux au-dessus (lire l'article consacré au mythe des sept cieux) et un monde souterrain au-dessous (Source).

The Westminster Dictionary of New Testament & Early
Christian Literature & Rhetoric,  David E. Aune, 2010
Le deuxième ciel appelé "Raki'a" (Source : Le Talmud) serait un bol solide inversé au-dessus de la terre, coloré en bleu par l'océan cosmique et empêcherait les eaux de cet océan d'inonder la terre (Source).

Heaven and Earth in the Gospel of Matthew, Jonathan T. Pennington, 2007
En plus, le Testament de Lévi, qui fait partie des Testaments des douze patriarches et qui relatent les discours et recommandations attribués aux fils de Jacob, comprend une prière de Lévi (un des fils de Jacob) où il relate une vision de son ascension dans les sept cieux (lire l'article consacré aux ascensions célestes des prophètes et des rois). Cette ascension le fit passer par un Océan Céleste qui est décrit comme étant des eaux abondantes suspendues entre les deux premiers cieux et proches d'un feu brûlant au dessus du deuxième ciel.

Voici une traduction française du Testament de Lévi, publiée dans cet article du Dr. Ursula Schattner-Rieser de l'Université de Cologne, Institut d’Etudes sur le Judaïsme :
35 Ensuite nous entrâmes dans le premier ciel et je vis là-bas une grande obscurité. 36 Alors nous passâmes du premier ciel et j’entrai dans le deuxième, 37 et je vis là-bas des eaux abondantes suspendues entre les deux cieux ; 38 neige et glace étaient au-dessus des eaux et un feu brûlant au-dessus d’elles.

L'océan céleste dans la mythologie Égyptienne (البحر السماوي في الميثولوجية المصرية)

En voyant la couleur bleue du ciel au dessus de leurs têtes, les égyptiens de l'antiquité avaient aussi imaginé un monde inversé, par effet miroir, avec un océan au dessus de la voûte céleste personnifiée par la déesse du ciel Nout. Les eaux célestes se trouvent ainsi dans l'espace au dessus du corps de la déesse égyptienne et elles servent comme passage pour les pharaons défunts pour atteindre l'au-delà. Dans la mythologie égyptienne, ces défunts sont accompagnés sur des barques dans l'océan céleste par des dieux appelés Passeurs. 

Représentation de Nout, la déesse du ciel, sous forme de voûte
Cette notion de barque céleste est aussi mentionnée dans les Textes des pyramides (il y a 4500 ans), qui constituent le corpus religieux le plus ancien découvert à ce jour en Égypte. En effet, il y a plusieurs mentions du périple dans le ciel du dieu Ré, qui est une des formes du Soleil. Le périple de ce dieu solaire se fait aussi sur une barque appelée Barque solaire. Voici un extrait des Textes des pyramides :
« Veuille donc aller à cette barque de Ré où souhaitent monter les dieux, avec laquelle souhaitent aller les dieux et avec laquelle Ré voyage vers l'horizon !...»
Textes des Pyramides, chapitre 606

Représentation de la Barque Solaire avec le Soleil au milieu
Enfin, l'égyptologue français Jean-François Champollion, qui fut le premier à déchiffrer les hiéroglyphes, avait écrit dans ses lettres envoyées d'Egypte en 1828 et 1829, (voir P 106), des passages qu'il a pu déchiffrer au sujet de l'océan céleste où le dieu Ré navigue sur sa barque.

lettres envoyées d'Egypte en 1828 et 1829 par Jean-François Champollion

L'océan céleste dans la religion Manichéenne (البحر السماوي في الديانة المانوية)

Le manichéisme est une doctrine religieuse dont l'origine remonte au 3e siècle ap. J. -C. Son fondateur est Mani (ou Manès) qui proclamait être le sceau des prophètes (le dernier) en élaborant sa doctrine comme un syncrétisme du Bouddhisme, du Zoroastrisme et du Christianisme. Cette religion est née en Irak mais elle s'est répandue partout au Moyen-Orient et elle est arrivée jusqu'en Chine à partir du 6e siècle de notre ère.
Selon plusieurs historiens arabes comme Ibn Nadim ابن النديم (mort à la fin du 10e siècle) et Ibn Qoutayba (ابن قتيبة 828-889), la religion de Mani (المانوية) était connue à la Mecque pendant la période préislamique et dans toute la péninsule d'Arabie. En effet, Ibn Nadim, dans son livre al-Fahrast الفهرست, consacre tout un chapitre au manichéisme chez les arabes de la péninsule d'Arabie (lire, en arabe, le chapitre concernant le manichéisme dans le livre الفهرست) et Ibn Qoutayba, dans son livre al-Maarif, écrivit que la "Zandaqa" الزَّنْدَقَة (mot Persan utilisé par les arabes pour qualifier la religion des manichéens mais aussi des zoroastriens) était pratiquée dans la tribu de Qoraych.  

Voici la source, en arabe, dans le livre d'Ibn Qoutayba ainsi que la définition du mot "zandaqa" dans le lexique arabe المعجم الوسيط.
وأبو سود جد وكيع بن حسان كان مجوسياً، وكانت الزندقة في قريش أخذوها من الحيرة
الزَّنْدَقَة : القولُ بأَزليَّة العالم ، وأُطلق على الزرادشتيّة ، والمانوية ، وغيرهم من الثنوية ، وتُوُسِّع فيه فأُطلق على كل شاكٍّ ، أو ضالٍّ ، أو ملحد

Revenons à notre océan céleste. Dans la religion manichéenne, on croyait aussi à l'existence d'un océan d'eau dans le ciel mais la particularité de ces eaux est liée au fait qu'elles sont embrasées par le feu. Cela rappelle indéniablement le verset Coranique 52:6 البحر المسجور.  

Dans la croyance manichéenne, après la mort les âmes des fidèles doivent traverser un océan céleste décrit comme un lieu de souffrance mais aussi de réincarnation vers le Nirvana (illumination, délivrance, éveil, paix suprême, etc.). Dans son article, paru dans la revue Asia Major, le linguiste Hongrois, spécialiste du manichéisme et Professeur à l'Université de Budapest, Gabor Kosa, fait une étude très intéressante sur les différences entre les manuscrits manichéens chinois et manichéens occidentaux. Il s’intéresse plus particulièrement à l'océan de feu manichéen, peu connu, et qui mérite des études plus approfondies du côté des islamologues et anthropologues du Coran pour mieux comprendre l'origine de la mer "en furie et embrasée"  البحر المسجور dans le verset 52:6.
Expansion de la religion manichéenne entre 300 et 600 av J. -C. 
Dans la comparaison qu'il propose dans son article, l'auteur traduit en anglais plusieurs manuscrits manichéens. Voici quelques extraits que nous avons traduit en Français :

H85 "Nous devrions choisir résolument et nous concentrer pacifiquement sur le vrai enseignement,(nous devons) chercher avec diligence le nirvana en traversant la mer de feu
H29 "Glorieux Jésus et Bouddha, élevez (votre) grande compassion et pardonnez nos péchés! Écoutez ces paroles de souffrance et de douleur, et délivrez-nous de cette mer de feu empoisonnée!
H32 "Nous voulons que vous [nous préserviez] des grandes vagues de la mer de feu! À travers le rideau de nuages et de brumes ​​sombres, laissez le soleil de la Grande Loi rayonner partout, pour que nos cœurs et nos âmes soient toujours purs!"

Enfin, et étant donnée que la religion manichéenne était connue à la Mecque dans la période préislamique, comme nous l'avons montré plus haut, il n'est pas impossible qu'elle ait été la principale source d'inspiration pour "la mer en furie et embrasée" البحر المسجور du verset 6 de la sourate at-Tur 52.

Mais qu'en est-il du mot at-Tur lui-même ? Nous avons montré au début de cet article que selon les exégètes musulmans, "at-Tur" était un "mot syriaque" qui signifie "Montagne" et qui serait la "montagne de Sinaï" ou bien "une montagne dans le Paradis". Mais plusieurs questions se posent.

Pourquoi ce mot a été révélé en syriaque en sachant que le mot arabe جبل pour "montagne" existe bel et bien ? 
Existe t-il une relation entre cette montagne citée dans le verset 52:1 et la mer en "furie en embrasée" du verset 52:6 ?

L'océan céleste dans la religion Zoroastrienne (البحر السماوي في الديانة الزرادشتية)

Bien avant les musulmans, les judéo-chrétiens, les manichéens et un peu après les égyptiens de l'ancien empire, les zoroastriens (il y a plus de 3000 ans) et leur prophète Zarathoustra avaient aussi imaginé un océan céleste au dessus de leurs têtes. Cet océan est très connu dans la mythologie zoroastrienne, il s'appelle Vourukasha et il est décrit, à maintes reprises, dans leurs livres sacrés, comme un réservoir céleste des eaux fécondantes, pures et par où se répand toute la fertilité sur terre. C'est un océan très agité parce qu'il est souvent le théâtre de guerres féroces entre la force du bien, représentée par l'étoile Sirius, appelée Tistrya par les Perses anciens, et la force du mal représentée par des démons comme Apaosha et les Pairikas (Pour plus de détails sur la guerre des étoiles zoroastrienne, consultez cet article qui montre aussi l'origine du mythe coranique des versets 37:6, 67:5, 15:18, 72:8-9).

Voici des extraits de cet océan turbulent, avec les références trouvées dans la traduction française du livre sacré des zoroastriens, l'Avesta réalisée au 19e siècle par l'orientaliste belge Charles de Harlez :


Fargard V 70-71, P 131
Vispered VIII, 17-20, P 349
Yacna LXIV, 10-14, P 173-174
Nous apprenons dans le dernier extrait que "Hukairya" est le sommet d'une montagne. Et dans un autre chapitre de l'Avesta, cette montagne est mentionnée et porte le nom de "Hindwa". Elle se situe au milieu de la mer Vourukasha (Source : Tir Yesht, VIII- VI 30-34) :

Tir-Yesht VIII- VI 30.34, P 220

En résumé, les zoroastriens croyaient aussi en l'existence d'une mer agitée qui se trouve dans les cieux mais la particularité de cette mer, selon l'Avesta, est qu'elle abrite une montagne au milieu dont le nom est "Hindwa". Cela pourrait avoir une influence sur l'islam étant donné que la "Zandaqa" الزَّنْدَقَة, qui est un mot Persan utilisé par les arabes pour qualifier la religion des manichéens mais aussi des zoroastriens, était pratiquée dans la tribu de Qoraych (comme nous l'avons montré dans le paragraphe sur le manichéisme plus haut).  

Conclusion

A la lumière des documents présentés dans cet article, nous pouvons confirmer que le Coran est un extraordinaire syncrétisme de cultures populaires des peuples anciens du Moyen-Orient. En effet, et comme nous l'avons vu, les premiers versets de la sourate at-Tur ainsi que le verset 21:33 viennent, une fois de plus, confirmer cela. Ainsi la montagne at-Tur dans le premier verset de la sourate aurait été inspirée de la montagne zoroastrienne Hindwa qui se trouve au milieu de la mer Vourukasha qui est la mer en furie et théâtre de guerres des étoiles antiques chez les zoroastriens. D'autre part, comme le manichéisme a beaucoup puisé dans les croyances zoroastriennes, il n'est pas impossible que la mer embrasée manichéenne, ou mer de feu, théâtre de souffrance pour les âmes dans leur voyage vers le Nirvana, aurait été, elle même, inspirée de la mer Vourukasha. 

La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُور citée dans le coran juste après le verset de la voûte céleste serait donc un syncrétisme des deux croyances manichéenne et zoroastrienne et at-Tur serait la montagne zoroastrienne Hindwa. 

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lundi 23 avril 2018

La fabuleuse histoire des astres qui lapident les démons citée dans le Coran خرافة رجم الشياطين المذكورة في القرآن

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Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- L'Avesta, livre sacré du Zoroastrisme, traduit en Français

Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou les phrases.

Selon le lexique arabe "Lissan al-Arab" d'ibn Mandhûr (9e siècle), les
"shouhub (météorites) sont les sept étoiles connues sous le nom de "dararri"
لسان العرب: الشهب : النجوم السبعة المعروفة بالدراري 

Les étoiles qui lapident les démons dans la religion islamique

Le mot le plus approprié qui décrit les "étoiles" mentionnées dans le Coran serait "astres" ou "objets célestes". En effet, selon les exégèses coraniques et les premiers lexiques de la langue arabe du 9e siècle, les mots étoiles "noujoum" نجوم, planètes "kawakib" كَوَاكِبِ, météoroïdes "shouhoub" شُهُب ou bien constellations "bourouj" بروج signifient tous "étoiles". 

Le Coran nous apprend qu'après avoir créé la terre et les cieux, Dieu embellit le "ciel le plus proche" avec les "étoiles" et leur donna une mission d'en être les gardiens redoutables pour chasser tout démon qui s'aventurerait dans ce ciel pour entendre la révélation coranique (Cf versets 72:8-9, 37:6-10, 15:16-18, 5-67) :

سورة الملك 5:67
وَلَقَدْ زَيَّنَّا السَّمَاءَ الدُّنْيَا بِمَصَابِيحَ وَجَعَلْنَاهَا رُجُومًا لِّلشَّيَاطِينِ
Sourate al-Mulk 67:5 
5. "Nous avons embelli le ciel le plus proche avec des lampes [des étoiles] dont Nous avons fait des projectiles pour lapider les démons..."

سورة الصافات 6 -10 :37
إِنَّا زَيَّنَّا السَّمَاءَ الدُّنْيَا بِزِينَةٍ الْكَوَاكِبِ (6)وَحِفْظًا مِّن كُلِّ شَيْطَانٍ مَّارِدٍ (7) لَّا يَسَّمَّعُونَ إِلَى الْمَلَإِ الْأَعْلَىٰ وَيُقْذَفُونَ مِن كُلِّ جَانِبٍ (8) دُحُورًا وَلَهُمْ عَذَابٌ وَاصِبٌ (9) إِلَّا مَنْ خَطِفَ الْخَطْفَةَ فَأَتْبَعَهُ شِهَابٌ ثَاقِبٌ (10)
Sourate a-Saffat 37:6 :
6. "Nous avons décoré le ciel le plus proche du décor des "planète / étoiles", 7. afin de le protéger contre tout diable rebelle. 8. Ils ne pourront être à l’écoute des dignitaires suprêmes [les Anges]; car ils seront harcelés de tout côté, 9. et refoulés. Et ils auront un châtiment perpétuel.10. Sauf celui qui saisit au vol quelque [information]; il est alors pourchassé par une « étoile / météorite » perçante."

سورة الحجر 18:15
وَلَقَدْ جَعَلْنَا فِي السَّمَاءِ بُرُوجًا وَزَيَّنَّاهَا لِلنَّاظِرِينَ (16) وَحَفِظْنَاهَا مِن كُلِّ شَيْطَانٍ رَّجِيمٍ (17) إِلَّا مَنِ اسْتَرَقَ السَّمْعَ فَأَتْبَعَهُ شِهَابٌ مُّبِينٌ (18
Sourate al-Hijr 15:16-18
16. "Certes Nous avons placé dans le ciel des "étoiles / constellations" et Nous l’avons embelli pour ceux qui regardent. 17. Et Nous l’avons protégé contre tout diable banni. 18. A moins que l’un d’eux parvienne subrepticement à écouter, une flamme brillante alors le poursuivait."

سورة الجن 9 - 8 : 72
وَأَنَّا لَمَسْنَا السَّمَاءَ فَوَجَدْنَاهَا مُلِئَتْ حَرَسًا شَدِيدًا وَشُهُبًا (8) وَأَنَّا كُنَّا نَقْعُدُ مِنْهَا مَقَاعِدَ لِلسَّمْعِ فَمَن يَسْتَمِعِ الْآنَ يَجِدْ لَهُ شِهَابًا رَّصَدًا (9
Sourate al-Jinn 72:8-9
8. "Nous avions frôlé le ciel et nous l’avions trouvé bien gardé avec pleins d’« étoiles » (météorites). 9. Nous y prenions place pour écouter. Mais quiconque prête l’oreille maintenant, trouve contre lui une flamme aux aguets."

Des étoiles qui lapident les démons dans la religion zoroastrienne (رجم الشياطين في الديانة الزرادشتية)

Malgré que la plus grande partie (plus ou moins les deux tiers) de l'Avesta, le livre sacré zoroastrien, ait été perdue dans les siècles postérieurs à la conquête arabo-musulmane de l'empire Persan du 7e siècle ap. J. -C, nous savons énormément de choses sur la culture populaire astrale de l'Iran ancien qui vient essentiellement de la littérature Avestique. En effet, les manuscrits ont été détruits une première fois lors de l'invasion de l'empereur macédonien Alexandre le Grand (3e siècle av. J. -C.) qui fit brûler la bibliothèque du palais de Persépolis et une seconde fois lors de l'invasion islamique ordonnée par le Calife Omar ibn al-Khattab (7e siècle ap. J. -C.). Malgré tout, l'équivalent d'un millier de pages sont parvenues jusqu'à nous.

Selon la tradition religieuse zoroastrienne, le soleil, la lune et les étoiles sont des êtres vénérés, certes à un niveau inférieur de celui du Dieu unique Ahura Mazda, mais ils sont des objets de vénération, auxquels est dédiée une littérature liturgique non négligeable dans les livres de l'Avesta. Le plus important de ces objets de vénération est l'étoile Sirius appelée Tistrya dans l'Avesta, et décrite comme étant le "chef et surveillant de tous les astres" (Source Tir-Yesht VIII). Tistrya est appelé الشعرى par les arabes et il est cité dans le Coran, (Cf sourate Najm53).
En lisant l'Avesta, nous apprenons que Tistrya a le titre de général d'une armée stellaire censée libérer les eaux de l’océan céleste Vourukasha et ainsi apporter de la pluie sur terre. Ceci se passe contre la volonté des "étoiles démons" qui sont porteuses de sécheresse. Comme dans le Coran, il n'y a dans l'Avesta aucune différenciation entre les étoiles et les planètes et encore moins entre les étoiles et les étoiles filantes ou météoroïdes. Et c'est le mouvement de ces étoiles filantes, observé par le prophète du zoroastrisme Zarathoustra زرادشت, qui lui a inspiré une sorte de guerre des étoiles, très romancée dans la mythologie zoroastrienne. Nous apprenons aussi que l'armée des étoiles porteuses de sécheresse est guidée par le génie Apaosha qui possède dans son armée des démons femelles appelées Pairikâs dont la principale est Dushyairya qui produit l'étiolement et la stérilité (Source, l'Avesta, P 43).

Voici quelques passages autour des étoiles qui chassent les démons avec les références trouvées dans la traduction française du livre d'Avesta réalisée au 19e siècle par l'orientaliste belge Charles de Harlez :
Livre d'Avesta traduit par l'orientaliste belge Charles de Harlez (1832 - 1899)

Tir-Yesht VIII-44, P 221
Tir-Yesht VIII-39-40, P 221
Tir-Yesht VIII- V.8.9, P 217
Tir-Yesht VIII- V.8.9, P 222


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dimanche 15 avril 2018

La fabuleuse histoire de "Sirat al Mustaqim" خرافة الصراط المستقيم

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Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- L'Avesta, livre sacré du Zoroastrisme, traduit en Français

Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou les phrases.


"Sirat al Mustaqim" dans le Coran et dans la Bible

Dans le Coran, l'expression "Sirat al Mustaqim" signifie le "droit chemin" que chaque croyant devra suivre de son vivant afin de rejoindre le Paradis. Ceci est attesté dans les multiples versets qui mentionnent le mot "Sirat" (صِرَاطَ) (Cf versets 1:7, 2:213, 3:51, 5:16, 6:87, 10:25, etc.). Voici un exemple :
سورة البقرة 213:2
"وَاللَّهُ يَهْدِي مَن يَشَاءُ إِلَىٰ صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ"
Sourate al Baqara 2:213
"Et Allah guide qui Il veut vers le droit chemin"

Dans la bible, on trouve la même expression avec la même signification d'un Dieu qui guide ou qui incite ses serviteurs à se tenir et à se maintenir sur le droit chemin. Voici un exemple :

Le Nouveau Testament, Seconde Épître de Saint Pierre :
"15: Après avoir quitté le droit chemin, ils se sont égarés en suivant la voie de Balaam, fils de Bosor, qui aima le salaire de l'iniquité,"

Dans le Talmud, l'expression "droit chemin" est aussi mentionnée à de maintes reprises et quand on la traduit en arabe, on utilise la même expression coranique "صِرَاطٍ مُّسْتَقِيمٍ" ! 
Everyman's Talmud: The Major Teachings of the Rabbinic Sages, Abraham Cohen
التلمود, عرض شاملى للتلمود وتعاليم الحاخاميين
"Sirat al Mustaqim" dans la Sunna et dans la culture populaire musulmane

Se fondant sur les paroles du prophète, considérées authentiques par les savants musulmans, on apprend que, le jour du Jugement dernier, tous les humains vont traverser un pont, une passerelle, qui peut être comme une corde aussi fine qu'un cheveu, tendue au-dessus de l’enfer, appelée "Sirat al Mustaqim" (الصراط المستقيم). Après quoi, les uns, dont les péchés ont été supérieurs aux bienfaits, vont être dirigés vers l'Enfer et les autres iront au Paradis. Sur le Sirat al Mustaqim, la vitesse de passage est proportionnelle aux bonnes et mauvaises actions de chacun, il y aura les premiers, qui le traverseront tel l'éclair, les seconds, qui le traverseront comme passe le vent, d'autres encore ne pourront se déplacer qu'en rampant puisque leurs péchés se transformeront en poids sur leurs épaules...

Les hadiths du Sirat al Mustaqim

Le "Sirat al Mustaqim" dans le Zoroastrisme (الصراط المستقيم في الزرادشتية)

La quasi-majorité des musulmans croient en la représentation du "Sirat al Mustaqim" qui serait celle de la Sunna : une passerelle au dessus de l'Enfer, qui est considérée comme le passage obligé, le jour du Jugement dernier, de tous les humains dans leur voyage vers le Paradis. Mais l'origine de cette croyance n'est pas islamique. En effet, cette représentation prend sa source dans la mythologie Perse d'il y a 3500 ans, notamment dans le zoroastrisme avec le Pont de Cinvat (ou Cinwat, Chinvat, etc.) qui est un pont où les âmes sont départagées lors de la traversée et finissent soit au Paradis, soit en Enfer, soit au Purgatoire en face d'Ahura Mazda le dieu du prophète Zarathoustra.
Le pont de Cinvat est souvent mentionné dans les livres sacrés des zoroastriens et le texte le plus ancien qui en parle est le "Yaçna 46.10" qui fait partie des textes des Gathas, qui sont les plus anciens de l'Avesta, le livre sacré des zoroastriens. La strophe 10 du Yaçna  précise que Zarathoustra franchira le pont Cinvat « à la tête de ceux qui lui auront donné la meilleure chose de cette existence ou qu'il aura amenés à exalter le Dieu Ahura Mazda ». Le sort des autres, qui commettent de mauvaises actions, sera différent : au passage du pont Cinvat, ils « resteront des hôtes de la maison de la druj (Le Mensonge et ce tout ce qui est Faux pour les zoroastriens ».

Illustration du Pont Cinvat chez les zoroastriens
Voici quelques passages sur le pont Cinvat avec les références trouvées dans la traduction française du livre d'Avesta réalisée au 19e siècle par l'orientaliste belge Charles de Harlez :

Livre d'Avesta traduit par l'orientaliste belge Charles de Harlez (1832 - 1899)

XXI Yesht V-42 (P 564)

Yaçna LXX; XVI-71 (P 397)

Gathas XLVI 10-11 (P 353) 

Vendidad XIII; III 6-7-8 (P 137)


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mercredi 11 avril 2018

La fabuleuse histoire du mythe des sept cieux - خرافة السماوات السبع

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Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- Le Coran
- Le livre des secrets d'Hénoch ou Hénoch 2 
- Mesopotamian Cosmic Geography

Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou les phrases.
 

Les sept cieux dans la tradition islamique

On apprend dans le Coran qu'après avoir créé sept "Terres" (verset 65:12), Dieu s'adressa à une espèce de ciel primitif qui était encore sous forme de fumée (verset 41:11) et décréta d'en faire sept aussi (verset 41:12). Cette création de "cieux superposés" (verset 67:3) sous forme de "toit" (verset 21:32) et possédant des portes (verset 7:40) a duré deux jours avant que chaque ciel n'ait une mission particulière (verset 41:12). A la fin, Dieu décida de décorer le "ciel le plus proche de la Terre" avec des lampes (planètes et/ou étoiles) (versets 41:12; 37:6 et 67:5).

سورة الطلاق 12:65
اللَّهُ الَّذِي خَلَقَ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ وَمِنَ الْأَرْضِ مِثْلَهُنَّ
Sourate a-Talaq 56:12 :
12. « Allah qui a créé sept cieux et autant de terres »

12-سورة فصلت 41: 11
ثُمَّ اسْتَوَىٰ إِلَى السَّمَاءِ وَهِيَ دُخَانٌ فَقَالَ لَهَا وَلِلْأَرْضِ ائْتِيَا طَوْعًا أَوْ كَرْهًا قَالَتَا أَتَيْنَا طَائِعِينَ (11
فَقَضَاهُنَّ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ فِي يَوْمَيْنِ وَأَوْحَىٰ فِي كُلِّ سَمَاءٍ أَمْرَهَا ۚ وَزَيَّنَّا السَّمَاءَ الدُّنْيَا بِمَصَابِيحَ... (12
Sourate Foussilat 41:11-12 :
11. « Il S'est ensuite adressé au ciel qui était alors fumée, et lui dit, ainsi qu'à la terre : "Venez tous
deux, bon gré, mal gré." Tous deux dirent : "Nous venons obéissants." »
12. « Il décréta d'en faire sept cieux en deux jours et révéla à chaque ciel sa fonction . Et Nous
avons décoré le ciel le plus proche de lampes [étoiles] et l'avons protégé....»

 سورة الأنبياء 32:21
وَجَعَلْنَا السَّمَاءَ سَقْفًا مَّحْفُوظًا ۖ وَهُمْ عَنْ آيَاتِهَا مُعْرِضُونَ (32
Sourate al-Anbiya'e 21:32 :
32. « Et Nous avons fait du ciel un toit protégé. Et cependant ils se détournent de ses merveilles. »

سورة الأعراف 40:7
...إِنَّ الَّذِينَ كَذَّبُوا بِآيَاتِنَا وَاسْتَكْبَرُوا عَنْهَا لَا تُفَتَّحُ لَهُمْ أَبْوَابُ السَّمَاءِ وَلَا يَدْخُلُونَ الْجَنَّةَ
Sourate al-Aaraf 7:40 :
40. « Pour ceux qui traitent de mensonges Nos enseignements et qui s’en écartent par orgueil, les portes du ciel ne leur seront pas ouvertes, et ils n’entreront (pas) au Paradis... »


سورة البقرة 29:2
"هُوَ الَّذِي خَلَقَ لَكُم مَّا فِي الْأَرْضِ جَمِيعًا ثُمَّ اسْتَوَىٰ إِلَى السَّمَاءِ فَسَوَّاهُنَّ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ ۚ وَهُوَ بِكُلِّ شَيْءٍ عَلِيمٌ"
Sourate al-Baqara 2:29 :
29. « C'est Lui qui a créé pour vous tout ce qui est sur la terre, puis Il a orienté Sa volonté vers le ciel et en fit sept cieux. Et Il est Omniscient. »

سورة الملك 3:67
"الَّذِي خَلَقَ سَبْعَ سَمَاوَاتٍ طِبَاقًا ۖ مَّا تَرَىٰ فِي خَلْقِ الرَّحْمَٰنِ مِن تَفَاوُتٍ"
Sourate al-Mulk 67:3
3. « Celui qui a créé sept cieux superposés sans que tu voies de disproportion en la création du Tout Miséricordieux »

سورة الملك 5:67
وَلَقَدْ زَيَّنَّا السَّمَاءَ الدُّنْيَا بِمَصَابِيحَ وَجَعَلْنَاهَا رُجُومًا لِّلشَّيَاطِينِ
Sourate al-Mulk 67:5 :
5. « Nous avons embelli le ciel le plus proche avec des lampes [des étoiles] dont Nous avons fait des projectiles pour lapider les démons... »

سورة الصافات 6:37
إِنَّا زَيَّنَّا السَّمَاءَ الدُّنْيَا بِزِينَةٍ الْكَوَاكِبِ (6
Sourate a-Saffat 37:6 :
6. « Nous avons décoré le ciel le plus proche avec les planètes (étoiles) »


La Cosmologie selon le Coran

Pourquoi sept cieux (l'origine du mythe) ?

Depuis des millénaires, les hommes scrutent le ciel, guettant le retour des saisons et les crues mais aussi cherchant à y lire leur avenir (après la mort) et à y comprendre leur passé (leur existence). En observant le ciel, ils voyaient une voûte céleste avec un nombre infini d'étoiles, plus au moins rayonnantes, mais ils voyaient aussi un nombre fini d'astres se déplaçant lentement dans le ciel.
Ces astres sont :

1. La Lune, 2. Mercure, 3. Venus, 4. Le Soleil, 5. Mars, 6. Jupiter, 7. Saturne

En effet, en raison de sa grande distance à la terre, à la limite de la visibilité, et à son déplacement apparent très lent, Uranus n'a été réellement découverte en tant que planète qu'après l'invention du télescope. Quant à Neptune, elle n'est pas du tout visible à l'œil nu et a été découverte d'abord par le calcul au 19e siècle en utilisant l'influence gravitationnelle qu'elle faisait sentir sur la trajectoire d'Uranus. Sa découverte a été confirmée par les astronomes en utilisant des télescopes très modernes de l'époque. 

Système géocentrique de l'astronome grec Ptolémée, mort en 168 ap. J. -C. 

C'est donc le MOUVEMENT de ces sept planètes (au sens ancien, le mot planète incluait le Soleil et la Lune) qui faisaient croire aux peuples anciens qu'il existait sept cieux au dessus de leurs têtes.

Les sept cieux dans la tradition judéo-chrétienne

Dans le Talmud
Selon le Talmud, chacun des sept cieux porte un nom spécifique et il est sous la responsabilité d'un ange de Dieu (Source : Encyclopédie Juive). Voici ces noms :

1. Vilon (וילון),        
2. Raki'a (רקיע),
3. Shehaqim (שחקים),
4. Zebul (זבול),
5. Ma'on (מעון),
6. Machon (מכון),
7. Araboth (ערבות),

Dans les livres apocryphes de l'Ancien Testament : le Livre des secrets d'Hénoch (2 Hénoch)
Le livre des secrets d'Hénoch (prophète Idriss en islam), appelé aussi "2 Hénoch", est un livre apocryphe de l'Ancien Testament écrit entre le 1er siècle av. J.-C. et le 1er siècle ap. J.-C. La première partie de ce livre est consacrée à l'ascension "enlèvement" du patriarche Hénoch décrite dans le livre de la Genèse 5,23-24. Et une description détaillée de cette ascension (qui ressemble beaucoup au voyage nocturne du prophète de l'islam) est donnée dans ce livre où deux anges de Dieu emmènent Hénoch (Idriss en islam), alors âgé de 365 ans, vers les sept cieux et les lui présentent un par un (Pages 1 à 6 du livre ).

L'ascension dans les sept cieux du patriarche Hénoch (prophète Idriss)
N.B. Un article plus détaillé sur les ascensions célestes des prophètes et des rois, notamment le voyage nocturne islamique, est consultable ICI

Dans les livres apocryphes de l'Ancien Testament : le Testament de Lévi
Le Testament de Lévi fait partie des Testaments des douze patriarches, qui relatent les discours et recommandations attribués au patriarches fils de Jacob. Comme pour le livre des secrets d'Hénoch, c'est un manuscrit apocryphe de l'ancien testament comprenant une prière de Lévi (un des fils de Jacob) et le récit de sa vision d'une ascension dans les sept cieux ! 
On apprend dans ce récit que le premier ciel est un séjour de "tristesse", étant donné qu'il est proche de la terre. Entre le premier et deuxième ciel, il y a de l'eau. Le deuxième ciel est un lieu où se trouvent le "feu", la "neige", le "cristal" ainsi que les "justes" qui attendent le jugement de Dieu. Dans le troisième ciel se trouvent les "bons et puissants" qui combattent les démons/méchants. Le quatrième ciel est réservé aux "saints". Le cinquième et le sixième ciel constituent la demeure des anges tandis que le septième ciel est réservé à Dieu, l’Eternel.

 

Dans le nouveau Testament
Il n'y a pas, dans le nouveau Testament, de récits explicites relatifs aux sept cieux. Néanmoins, dans le lettre de Saint Paul adressée à l'Église d'Éphèse (texte connu sous le nom de "Épître aux Éphésiens" et faisant partie du nouveau Testament), il est question d'une existence de paradis au troisième ciel (Source : 2 Corinthiens 12:2-4). Cela suppose, par conséquent, qu'il n'existe pas un seul "ciel" mais au moins trois !   



Les cosmologie dans la tradition de la Grèce antique

A partir du 7e siècle av. J. -C. les philosophes naturalistes grecs de l'école de Milet ont beaucoup fait avancer le savoir en général et la cosmologie en particulier. Ainsi, Anaximandre (-610, -546), considéré par certains comme étant le premier scientifique dans l'histoire de l'humanité, fut le premier à stipuler que la terre n'était pas plate mais plutôt ronde ! Quelques siècles plus tard, et pour expliquer les mouvements des astres, les savants grecs comme Eudoxe, Platon, Aristote, Hipparque et Ptolémée après eux, ont adopté un modèle géocentrique de l'univers selon lequel la Terre était une sphère placée au centre du monde. Autour d'elle, on trouvait une succession de sept sphères qui portaient chacune un corps céleste. Enfin, la dernière sphère était supposée porter les étoiles fixes. Ces sphères n'étaient pas figées mais en rotation.
C'est ce modèle qui sera considéré dans le milieu scientifique jusqu'à l'avènement de la révolution de Copernic au 16e siècle de notre ère. Dans les cultures populaires et religieuses, on continuait à croire en une terre plate, centre de la création, avec des cieux sous forme de voûte au dessus d'elle.  

Modèle géocentrique de Ptolémée

Les sept cieux dans la tradition de la Mésopotamie antique et dans l'art architectural moderne

En Mésopotamie antique
Bien avant les grecs, les Babyloniens et leurs prédécesseurs, les Sumériens, croyaient en une pluralité de cieux et de terres aussi. Cette croyance se retrouve dans les incantations sumériennes du 2e millénaire avant notre ère, qui se réfèrent à sept cieux et sept terres, liées sans doute à la chronologie de la création décrite dans la tablette babylonienne d'Enuma Elish. Notons que cette croyance aux sept terres se trouve aussi dans le Coran, notamment dans le verset Talaq 56:12.

"Mesopotamian Cosmic Geography", Wayne Horowitz, 1998 
Les sources sont disponibles ICI avec les photos et les références scientifiques des différentes tablettes mésopotamiennes (voir à partir de la page 401 du livre). 

Un autre point qu'il faut signaler est lié aux Ziggurat, qui sont les constructions mésopotamiennes qui avaient trois à sept étages. Ces constructions étaient une image des cieux et avaient une symbolique en tant que lien entre le monde des dieux et le monde des humains. La plus célèbre est la Ziggurat de Babylone qui était haute de sept étages (relatifs aux sept planètes citées plus haut) et qui avait inspiré le mythe biblique de la Tour de Babel.

Dans l'art architectural moderne
Dans la cadre d'un événement artistique organisé en 2015 à Sydney en Australie, architecturale iranienne, Shirin Abedinirad, s’est inspirée de la structure pyramidale des Ziggurat à sept étages pour construire la "Ziggurat Mirror". Elle a ainsi réussi à créer une union entre l’histoire ancienne et le monde actuel. Cette installation à sept niveaux (voir photo ci-dessous) représente les sept cieux mésopotamiens selon de Shirin Abedinirad sur son site internet.

La Ziggurat miroir à Sydney vue sous différents angles



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samedi 17 mars 2018

La fabuleuse histoire du Voyage Nocturne et du Bouraq

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Les références utilisées dans cet article sont disponibles ici :
- Avesta 
- History of Zoroastrianism
- L’HISTOIRE RELIGIEUSE DE L’IRAN
- Man's Religions, John B Noss
Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou les phrases. 

On lit dans le premier verset de la sourate al-Isrâa 17, une allusion à un voyage au cours duquel le prophète aurait été transporté, sur une monture venue du paradis, entre la mosquée de la Mecque et la mosquée de Jérusalem avant de partir dans les cieux pour faire la rencontre de Dieu dans un endroit appelé "Sidrat al-Mountaha".  Selon la tradition islamique, c'est pendant cette nuit que le prophète a reçu l'ordre des prières quotidiennes, qui étaient au nombre de cinquante au début et qui ont été réduites à cinq par la suite grâce au conseil de Moïse que le prophète de l'islam a rencontré au "sixième ciel". La tradition nous rapporte aussi que cet événement eut lieu trois ans avant l'hégire et peu de temps après le décès de son épouse Khadija.



L'isrâa (voyage entre le Mecque et Jérusalem)

Pour les musulmans, la preuve irréfutable qui montre que le voyage nocturne du prophète Mohammad a vraiment eu lieu est la présence, dans le premier verset de la sourate 17, de l'expression fit voyager Son serviteur, de la Mosquée Al-Ḥarām à la Mosquée Al-Aqṣā, "أَسْرَىٰ بِعَبْدِهِ لَيْلًا مِّنَ الْمَسْجِدِ الْحَرَامِ إِلَى الْمَسْجِدِ الْأَقْصَى" mais diverses questions se posent.
Par exemple :

1. Etant donné l'ampleur de l’événement, pourquoi n'y a t-il pas eu d'autres développements dans d'autres versets coraniques plus explicites sur l’événement ? En effet, tous les détails se trouvent dans les exégèses et dans les hadiths.
2. De quelle mosquée al-Aqsa ce verset fait-il mention ? En effet, la mosquée al-Aqşa de Jérusalem n'a été construite que sous le règne du deuxième Calife Omar ibn al-Khattab (et le dôme du rocher sous le règne du Calife Omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan).
3. Le mot "serviteur" عَبْدِهِ dans le verset 17:1 fait-il mention au prophète Moḥammad ou bien à une autre personne ?

En effet, la polémique demeure sur un éventuel ajout/changement du verset 17:1 par le Calife Omeyyade Abdelmalik ibn Marwan pour sacraliser la mosquée de Jérusalem aux yeux des croyants. Rappelons qu'à cette époque Jérusalem faisait partie des territoires du Califat Omeyyade mais pas la Mecque qui fut gouvernée par le dessident Abdellah ibn Zoubayr. Le transfert du pèlerinage (al-Haj) de la Mecque vers Jérusalem n'a pas suffit et il y avait des guerres féroces entre les musulmans à cette époque pour le pouvoir politico-religieux. C'est cette même époque qui a connue la révision du Coran par al Hajaj ibn Yousuf Taqafi le général de l'armée du Calife ibn Marwan (d'autres détails sont donnés dans cette vidéo).

Certains islamologues aujourd'hui stipulent que le voyage nocturne serait une légende et que le premier verset de la sourate al-Isrâa17 n'a rien à voir avec le prophète Mohammad et il fait plutôt mention soit à Moïse, soit à Jacob (dont le surnom donné par Dieu est Israël, selon la bible) ou bien aux fils d’Israël (au pluriel).  

La sourate 17 s'appelait "fils d'Israël" aux temps du prophète 

La sourate 17 porte aujourd'hui le nom du "voyage nocturne" ou Isrâa. Mais aux premiers temps de l'islam, cette sourate portait le nom de "Fils d'Israël". En effet, il y a deux hadiths qui montrent cela. Le premier est rapporté par le compagnon Abdullah ibn Massoud (dans sahih al-Bukhari, hadith No 4994) : "Banou Israël, al-Kahf, Maryam, Taha et al-Anbiyaa font partie des toutes premières sourates du Coran et figurent parmi les plus anciennes que j'ai apprises par cœur". Le deuxième hadith est rapporté par Aicha et cité dans at-Tirmidhi No 3402 : « Le Prophète ne dormait pas avant de réciter Banou Israël et Zoumar ».

Même aujourd'hui, des éditeurs du Coran dans certains pays musulmans choisissent le nom "bani Israel" pour la sourate 17 comme on peut le voir sur l'image ci-dessous :

La sourate 17 qui porte le nom de "fils d’Israël"
La rime

Quand on lit la sourate 17 en arabe, on s'aperçoit très vite qu'une rime قافية en "aan" se trouve à la fin de tous les versets et il n'y a que le premier verset qui se termine avec une rime différente !
Une hypothèse stipule que le verset devait originellement se terminer par le mot « nuit » (ليلا), rimant ainsi avec les autres versets de la sourate. Dans ce cas, la deuxième partie du verset serait un ajout postérieur...

Source : Etude de Edouard-M. Gallez et M. Lamsiah intitulée : "Suspicions de manipulation idéologique et codicologie : approche synthétique provisoire"
Le deuxième segment du verset 17:1 (en gris) qui serait un ajout postérieur 

"Son serviteur" ou "Ses serviteurs" ; عَبْدِهِ أو عِبَادِهِ

Dans les premiers manuscrits coraniques, il n'y avait pas de lettre "alif" (أ) sur les mots. Par conséquent, le mot "serviteur" // "عَبْدِهِ" pouvait être prononcé à l'origine "serviteurs" (au pluriel) "عِبَادِهِ". En effet, il y a plusieurs exemples qui montrent que cela est tout à fait possible. Le verset al-Baqara 2:90, qu'on voit sur l'image ci-dessous, montre le mot "serviteur(s)" sur un livre du coran d'aujourd'hui (à droite) et le même verset (à gauche) écrit sur le manuscrit de Samarcande qui est conservé à la bibliothèque de Tachkent en Ouzbékistan. A gauche on voit bien que le mot "serviteur" est au singulier tandis qu'à droite sur le même verset le mot est écrit au pluriel. 

Verset 2:90 Le mot "serviteur" au pluriel (à droite)
et au singulier sur le manuscrit de Samarcande (à gauche)  

Il se peut donc que le mot "serviteur" // "عَبْدِهِ" dans le premier verset de la sourate 17 ait été prononcé au pluriel "عِبَادِهِ" et dans ce cas, les "serviteurs" pouvaient être les fils d’Israël et c'est Moïse qui est le destinataire des paroles de Dieu (dans le verset 17:1).
Ce n'est évidemment qu'une hypothèse, qui peut être fausse, mais il est vrai que dans d'autres versets du coran, Moïse est mentionné dans le cadre d'un voyage nocturne avec son peuple (les fils d’Israël) :

Sourate Dukhan 44:23
"فَأَسْرِ بِعِبَادِي لَيْلًا إِنَّكُم مُّتَّبَعُونَ" ; "Voyage de nuit avec Mes serviteurs; vous serez poursuivis"

Sourate les Poètes 26:52
"وَأَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ أَنْ أَسْرِ بِعِبَادِي إِنَّكُم مُّتَّبَعُونَ" ; "Et Nous révélâmes à Moïse [ceci]: «Pars avec Mes serviteurs, car vous serez poursuivis"

Sourate Taha 20:77
"وَلَقَدْ أَوْحَيْنَا إِلَىٰ مُوسَىٰ أَنْ أَسْرِ بِعِبَادِي فَاضْرِبْ لَهُمْ طَرِيقًا فِي الْبَحْرِ" ; "Nous révélâmes à Moïse: «Pars à la tête de Mes serviteurs, puis, trace-leur un passage à sec dans la mer"

Quand la preuve de la légende du "voyage nocturne" est dans la sourate 17 elle même !

Dans les versets 90 à 93 de la sourate 17, on lit que pour ​accepter éventuellement de se convertir à l'islam, des mécréants défièrent le prophète de les impressionner avec des miracles comme faire jaillir des ruisseaux en abondance dans le désert, faire tomber le ciel sur leurs têtes ou alors ​leur montrer qu'il était capable de monter au ciel. Le prophète répondit : « Gloire à mon Seigneur ! Ne suis-je ​pas ​qu’un être humain-Messager ? » (verset 17:93). 

Par conséquent, le verset 17:1 ne peut pas être une preuve du "voyage nocturne" étant donné que le prophète lui-même dit, qu'en simple mortel, il ne pouvait pas monter au ciel. 

سورة  الإسراء:93
 93. أَوْ تَرْقَىٰ فِي السَّمَاءِ وَلَن نُّؤْمِنَ لِرُقِيِّكَ حَتَّىٰ تُنَزِّلَ عَلَيْنَا كِتَابًا نَّقْرَؤُهُ ۗ قُلْ سُبْحَانَ رَبِّي هَلْ كُنتُ إِلَّا بَشَرًا رَّسُولًا

Verset 17:93 "ou que tu aies une maison [garnie] d’ornements; ou que tu sois monté au ciel. Encore ne croirons-nous pas à ta montée au ciel, jusqu’à ce que tu fasses descendre sur nous un Livre que nous puissions lire». Dis-[leur]: «Gloire à mon Seigneur! Ne suis-je pas qu’un être humain-Messager?»"
 
Le Mi`râj (le voyage depuis Jérusalem vers les "sept cieux" et la rencontre avec Dieu)

Cette ascension céleste retrace les étapes du voyage miraculeux qu'aurait effectué le prophète en une nuit, transporté jusqu'au trône de Dieu. Monté sur une créature venue du Paradis, un cheval ailé du nom d'al-Burâq, il est conduit par l'ange Gabriel de la Mecque à Jérusalem où il célèbre la prière, puis, s'élevant à travers les sept cieux, il rencontre les prophètes qui l'ont précédé depuis Adam jusqu'à Ibrâhîm. Il atteint, seul, le trône divin, point extrême de son ascension. Son périple, au retour, l'emmène aux portes de l'enfer et du paradis.

Considéré tantôt comme un miracle tantôt comme une vision, le voyage nocturne du Prophète constitue une vérité absolue pour les croyants musulmans. Ce qui est, en revanche, moins connu chez ces derniers est que ce récit d'ascension au 7e siècle est juste un exemple parmi d'autres récits similaires qui l'ont précédé dans d'autres cultures.

L'ascension céleste (mi'râj) dans la tradition judéo-chrétienne (المعراج في الثقافة اليهودية و المسيحية)

Dans la culture chrétienne, il n'y a pas que Jésus et Marie qui sont associés à des ascensions célestes. L'ancien testament foisonne d'ascensions ! On peut citer deux grands personnages de la Bible qui, saisis par Dieu, sont emportés vers les cieux.

Le Mi'râj du patriarche Hénok (معراج النبي إدريس) 
Hénok, qui est le prophète Idriss chez les musulmans, est un personnage situé entre Adam et Noé, dans la généalogie du livre de la Genèse. On peut lire dans la Genèse 5,23-24 : « Hénok vécut en tout trois cent soixante-cinq ans. Ayant suivi les voies du Dieu, il disparut car Dieu l’avait enlevé. » .

Mi'râj d'Hénok (prophète Idriss)
Le Mi'râj  du prophète Elie (معراج النبي إلياس)
Dans la bible, le livre des Rois (2 Rois 2,1-15) décrit qu’au lieu de mourir, le prophète Élie (Ilya ou Iliasse en arabe) est emporté au ciel sur un char de feu. D’après la légende, Elie devrait revenir un peu avant la fin des temps pour mourir. 

Mi'râj d'Elie (prophète Illiasse)
L'échelle de Jacob
Un autre personnage biblique très célèbre est aussi associé à une ascension céleste, bien que celle-ci ne soit réalisée que dans un rêve. Il s'agit de Jacob (le prophète Ya'cob pour les musulmans) et sa fameuse échelle.
Vision du Mi'râj de Jacob (prophète Ya'cob)

L'ascension céleste (mi'râj) dans l'Egypte des pharaons (المعراج عند الفراعنة)

Dans les Textes des pyramides, qui constituent le corpus religieux le plus ancien découvert à ce jour en Égypte, il y a plusieurs mentions à des ascensions des rois vers le ciel afin de prendre place parmi les étoiles et les dieux. Le corps du souverain est éternel, car tous ses membres sont assimilés à ceux du dieu Atoum. Seul le visage est rapproché du dieu Anubis, le dieu, à tête de chacal, de la préservation du corps :
Ah Néferkarê,
Tu ne peux donc partir mort, puisque tu es parti vivant [...]. Ton bras est comme celui d'Atoum, tes deux épaules sont comme celles d'Atoum, ton ventre est comme celui d'Atoum, ton dos est comme celui d'Atoum, ta poitrine est comme celle d'Atoum, tes deux jambes sont comme celles d'Atoum,
et ton visage est comme celui d'Anubis (...)
Textes des Pyramides, Pépy II, Chap.213, §§ 134a, 135a-135b

Claude Carrier, Textes des Pyramides de l'Égypte ancienne, Paris, Cybèle, 2009-2010 (Tome III, p. 1405)

Ascension céleste (Mi'raj) du Pharaon depuis sa pyramide
Les textes des pyramides décrivent aussi l’arrivée du Roi vers les portes dans le ciel. Il passe sur une échelle comme Osiris (un dieu du panthéon égyptien ) l’a fait avant lui ou bien via les rayons du soleil. Ce n’est qu’une question de procédure avant que le Roi soit également admis au plus haut cercle des dieux,
§ 1740a-c : « Parole à dire: […] à la porte de la Demeure de l’Âme ; puisses-tu étendre tes mains vers eux quand ils viennent vers toi en s’inclinant ».
§ 751a-b : Parole à dire: Ô N ! Puisses-tu grimper et monter sur la lumière du soleil, car tu appartiens à la demi-lumière qui se trouve dans le ciel polaire.
 § 1252a-f : « Ô Portier du ciel, agis contre ce messager du dieu qui sort ! S’il sort de cette porte occidentale du ciel, utilise pour lui cette porte méridionale du ciel ; s’il sort de cette porte orientale, utilise pour lui cette porte septentrionale du ciel. Le Roi arrive à la porte, par laquelle il est apparemment éclipsé, et déclare qu’il est à la « tête des suivants de Rê ».
D'autres occurrences d'ascensions célestes des Pharaons d'Egypte, extraites des Textes des pyramides, sont détaillées dans un article publié en 1977 dans la revue "The Journal of Near Eastern Studies" par Whitney M. Davis (voir résumé ci-dessous) 

W.M. DAVIS, «The Ascension-Myth in the Pyramid Texts», JNES 36, 1977, pp. 161-179

L'ascension céleste (Mi'râj) dans la Mythologie Sumérienne (المعراج في الميثولوجية السومرية)

En plus de leur transmission orale, les grands mythes mésopotamiens furent aussi écrits sur des tablettes et conservés dans certains temples et palais. La dispersion de ces écritures dans le temps et dans l'espace témoigne de leur importance et de leur popularité. Le mythe qui nous intéresse ici est celui de l'ascension au ciel du roi Etana, roi de la ville Kish qui fut la première ville Mésopotamienne après le Déluge.
N.B. Une vidéo consacrée au déluge sumérien, biblique et coranique est disponible ICI).

Cette légende d'ascension au ciel du roi Etana est connue par de nombreux fragments de tablettes venus de sites différents et conservés aujourd'hui dans les grands musées du monde comme le musée du Louvre ou le British Museum.

Sceau-cylindre : l’ascension céleste du roi Etana sur un aigle
Époque d’Akkad, vers 2340-2150 av. J.-C (Musée du Louvre)
La tablette du Louvre, ci-dessus, décrit un récit où le roi Etana tente désespérément d'obtenir un fils pour lui succéder. Le récit met en scène un serpent et un aigle qui se sont juré amitié jusqu'au jour où l'aigle dévore les petits du serpent. En punition, l'aigle est condamné par les dieux à périr au fond d'un trou. Shamash, le dieu de justice, lui envoie Etana, qui consent à le sauver s'il l'aide à se procurer la plante d'enfantement. Alors, sur ses ailes, l'aigle emporte Etana dans les cieux, mais au seuil du monde divin, Etana retombe sur terre, car l'homme ne peut s'élever jusqu'aux dieux ! 

L'ascension du roi Etana vers le ciel 

L'ascension céleste (Mi'râj) dans le Zoroastrisme ( المعراج في الديانة الزرادشتية )

Dans le Zoroastrisme, il y a au moins trois références à des ascensions d'hommes mortels dans les cieux. Cette religion de l'ancien Iran est la plus ancienne des religions monothéistes, elle doit son nom à son prophète Zarathoustra dont le nom a été transcrit Zoroastre par les Grecs (Ζωροάστρης, Zōroastrēs) et زرادشت par les Arabes. En effet, c'est la première de toutes les religions dans l'Histoire humaine, connues aujourd'hui. Elle est centrée autour d'un Dieu unique (ce Dieu est Ahura Mazda) et c'est la toute première qui évoque des concepts comme, par exemple, le jour du jugement dernier, le paradis et l'enfer, etc. À ce titre, elle va inspirer d'une manière significative la religion hébraïque, le christianisme mais surtout l'islam.

Son créateur, Zarathoustra, aurait vécu il y a 3500 ans dans la région où se trouve le Kurdistan iranien et l’Azerbaïdjan actuels. Dans cet espace-temps, l'écriture n'était pas encore maîtrisée et la doctrine Zoroastrienne, à ses débuts, s'est surtout transmise oralement. Avec le développement de l'écriture, les disciples de Zarathoustra transcrivirent sa doctrine dans des textes sacrés appelés Avesta. Mais, du texte d'origine, seul le quart est arrivé jusqu'à nous. En effet, les manuscrits ont été perdus ou détruits une première fois lors de l'invasion d'Alexandre le Grand (IIIe siècle av. J. -C.) qui fit brûler la bibliothèque du palais de Persépolis et une seconde fois lors de l'invasion islamique ordonnée par le Calife Omar ibn al-Khattab (VIIe siècle ap. J. -C.). Malgré tout, l'équivalent d'un millier de pages sont parvenues jusqu'à nous. Parmi ces textes, on peut citer :

- Gathas : Ce sont des hymnes, attribués à Zarathoustra lui-même qui constituent la première partie de l'Avesta et le cœur de la liturgie zoroastrienne. Rédigés en vieil-avestique, ils se décomposent en dix-sept chants.

- Yasna : Ce sont des recueils de textes récités pendant les cérémonies qui portent le même nom. 

- Yashts : Ils constituent la source d'informations la plus importante sur le Zoroastrisme.

En ce qui concerne les ascensions célestes, la religion zoroastrienne est très riche de mythes et visions sur-naturelles censées dévoiler aux hommes les secrets des cieux.

L'ascension de Zarathoustra (معراج زرادشت)
On lit dans les textes de l'Avesta (Yasna), qu'à trente ans, Zarathoustra pria pour que l'archange Vohu Manah (le mieux gradé des six anges du dieu Ahura Mazda) le bénisse de sa présence (Yasna 44.1). Il ne lui fallut pas attendre longtemps, car Vohu Manah, vint un jour à lui alors qu'il était sur les bords d'une rivière appelée Dâiti. Son désir ardent de rencontrer Vohu Manah s'est accomplit et il aspira par la suite à rencontrer Ahura Mazda lui-même (Yasna 28.6) et à communier avec lui (Yasna 33.6) afin d'avoir une compréhension plus complète de la divinité. Son vœu fut escompté et il se sentit soulevé au-dessus de la terre, et dans ses moments suprêmes d'extase transcendante, il eut la vision béatifique de Mazda (Yasna Y43.5; 45.8.) et reçut la révélation directement de lui à la suite de quoi il créa les bases de sa religion qui furent complétées par d’autres visions.

Zarathoustra le créateur de la religion Zoroastrienne

L'ascension d'Arda-Viraf (معراج أردا فيراف)
Un autre récit très connu chez les zoroastriens est relatif à la vision du sage Arda-Viraf أردافيراف. Il est raconté dans cet ouvrage qu'après l'invasion d'Alexandre le Grand en Perse, la croyance en Ahura Mazda s'affaiblit de plus en plus et que les doctrines hétérodoxes se multiplièrent au point de mettre en danger l'existence même de la religion zoroastrienne. Effrayés par cette décadence, les religieux résolurent d'envoyer un des leurs auprès d'Ahura Mazda pour s'enquérir si les cérémonies religieuses telles qu'elles se pratiquaient plaisaient à Dieu. Leur choix tomba sur un homme connu pour sa grande piété, Arda-Viraf, qui ayant bu une coupe de bang (une boisson qui produit sur le système nerveux un effet stupéfiant ou surexcitant) s'endormit durant sept jours. Son âme s'étant immédiatement séparée de son corps fut reçue à la sortie du monde terrestre par deux anges. Après lui avoir fait traverser le pont Cinvat (c'est le droit chemin "الصراط المستقيم" en islam), ils le menèrent devant Ahura Mazda qui leur ordonna de le conduire dans le Paradis puis dans l'Enfer. Après avoir reçu les instructions de la divinité, l'âme d'Arda-Viraf retourna animer le corps resté sur terre.

Ascension céleste (Mi'râj) d'Arda-Viraf

La conversion du roi Vishtâsp (كاشتاسب)
C'est une légende qui raconte la conversion du roi Vishtâsp au zoroastrisme, à laquelle était dédié un chapitre entier du canon avestique sassanide. Suivant les conseils d’Ahura Mazda, Zarathoustra se rend à la cour de ce roi pour l’inviter à embrasser la religion Mazdéenne. Après l’avoir convaincu de sa bonne foi en guérissant son cheval alezan préféré, il lui révèle les mystères de la fin du monde en lui administrant un narcotique mélangé à du haoma (un « breuvage d'immortalité » chez les Perses). Il lui prodigue ainsi un enseignement indispensable pour gouverner selon la loi et la volonté d’Ahura Mazda et pour combattre ses ennemis.



L'ascension céleste (mi'râj) dans le Manichéisme (المعراج في المانوية)

Le manichéisme est une religion aujourd'hui disparue, dont le fondateur est un Persan qui s’appelait Mani (ou Manès) au IIIe siècle de notre ère. Considéré comme une hérésie chrétienne, elle est en vrai une religion indépendante qui s'appuie sur diverses ressources du christianisme, du zoroastrisme et du bouddhisme. Chaque année, à la fin de février ou au début de mars, au terme d’un jeûne rigoureux d’une trentaine de jours, les disciples de Mani célébraient leur fête majeure, la solennité du Bêma. C'est une fête de deuil et, tout ensemble, de joie. Elle commémore la crucifixion de Mani, mais aussi de l'ascension au ciel qui l'a immédiatement suivie.

Ascension céleste (Mi'râj) de Mani
Pégase dans la mythologie Grecque : Le véritable ancêtre du bouraq islamique ! (أصل بُراق النبي)

Lorsque le héros Persée coupa la tête de la Gorgogne Méduse, le grand Chrysaor surgit avec un cheval ailé du nom de Pégase. Ce nom tire son origine de ce "qu'il était né aux bords des flots d'Océan". Pégase serait donc né aux sources "pégai" de l'Océan, à l’extrême occident, là où habite Méduse. Prenant aussitôt son essor vers la montagne d'Olympe, Pégase se rendit dans le palais du Dieu Zeus qui lui donna pour mission d'être "coursier du tonnerre", c'est à dire de porter la foudre et les éclairs (البَرْق).


Statue de Pégase à la place de la Concorde à Paris
De monture de héros, Pégase devient le compagnon du roi des dieux. En dernier hommage, Zeus décide de le changer en étoiles pour qu’il reste à jamais dans le ciel qu’il a tant parcouru… Une constellation, qui porte son nom, est née !

Origine du mot "Bouraq" dans la tradition islamique
Revenons à la tradition islamique, Le mot « Bouraq » est de la même famille linguistique que le mot arabe برق qui signifie « éclair ». En effet, ibn Mandhûr dans son lexique "lissan al-Arab" (9e siècle), écrivit ceci au sujet d'al-Bouraq :
"والبراق : دابة يركبها الأنبياء - عليهم السلام - مشتقة من البرق", qui signifie : "al-Bouraq est une monture des messagers de Dieu et son nom est dérivé de l'éclair (la foudre)".

On voit donc clairement le rapprochement entre le Bouraq islamique et Pégase le coursier de l'éclair !

البُراق النبوي الشريف

Les représentations et l'impact culturel du Bouraq... de Pégase
Il existe une série de pièces de monnaie antiques, Grecques, Gauloises et Romaines qui représentent Pégase. En époque moderne, on voit le cheval ailé sur les billets de banque avant l'arrivée de l'euro en Italie. Voici quelques exemples : 

Pégase sur des pièces de monnaie antiques et sur les lires italiennes du 20e siècle

Et enfin, les représentations du Mira'j et du prophète sur son "bouraq" ont toujours orné les livres de la tradition islamique, comme on le voit ci-dessous dans cet ouvrage conservé à la Bibliothèque Nationale de France : "Voyage Nocturne du Prophète, Mir Haydar, Mira‘j-nameh, Herât (Afghanistan), 1436."

Le prophète sur son bouraq, en présence de l'ange Gabriel,
à la rencontre des prophètes Noé et Hénok (Idriss)

L'ange Gabriel montrant au prophète le châtiment en Enfer
 pour ceux qui ne donnaient pas l’aumône 

Publié par www.comprendrelislam.com
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