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lundi 3 décembre 2018

QUI ÉTAIT ALLAH AVANT L'ISLAM ?

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Introduction

En observant le ciel, les peuples anciens voyaient une voûte céleste avec un nombre infini d'étoiles, mais ils voyaient surtout un petit nombre d'astres se déplaçant lentement au dessus de leurs têtes. Ces astres, qui sont le soleil, la lune, certaines planètes dont Vénus ainsi que quelques étoiles très rayonnantes comme Sirius, ont été, depuis l'antiquité et un peu partout dans le monde, considérés comme des divinités qu'on vénérait et, pour qui on offrait des sacrifices.
Au Moyen-Orient et jusqu'au 19e siècle, la connaissance sur les divinités arabes préislamiques était très limitée et souvent tirée du Coran ainsi que de quelques livres de l'héritage islamique dont la Sira du prophète, écrite par ibn Ish'aq au 8e siècle Ap. J. -C. Cette connaissance a été bouleversée au début du 20e siècle avec la découverte, en Égypte, de manuscrits d'une importance majeure appartenant à l'historien arabe Hicham ibn al Kalbi (732-826). Ce dernier fut l'un des tous premiers érudits musulmans qui ont recherché dans les croyances et les mœurs des arabes païens avant l'islam. Au début du 20e siècle et à la demande de l'Orientaliste allemand Théodore Nöldeke, le livre  "كتاب الأصنام" « livre des idoles » de Hicham al-Kalbi a été édité pour la première fois en 1914 par l'érudit égyptien Ahmed Zaki Pacha. Une autre source importante concernant les croyances religieuses des arabes avant l'islam est un livre publié en 1968 par l'historien Irakien Jawad Ali qui est considéré dans le milieu académique comme étant le livre de référence sur la vie des arabes avant l'islam. Son livre s'appelle Les détails dans l'histoire des arabes avant l'islam  المفصّل في تاريخ العرب قبل الإسلام .

En plus des livres de la tradition musulmane, l’état de connaissance sur les divinités arabes préislamiques est en constante amélioration après le big-bang épigraphique au Moyen-Orient entre le 19e et le 20e siècles. En effet, des découvertes archéologiques de premier ordre ont été faites, essentiellement au Yémen mais aussi en Jordanie, en Syrie et en Irak comme en 1810 lorsque les premières copies d'inscriptions منقوشات furent effectuées par l'allemand Ulrich Seetzen sur le site de Zafâr, l'ancienne capitale de l'empire Himyarite au Yémen actuel. Depuis lors, les découvertes se sont succédées, si bien qu'aujourd'hui des milliers d'inscriptions sont déjà déchiffrées et publiées. Cela étant, il manque toujours, et on le regrette, les trésors qui seraient enfouis dans les régions du Hijaz et notamment dans les territoires de la Mecque et de Médine puisqu'il est, malheureusement, encore interdit de fouiller dans ces régions.


Les divinités des arabes préislamiques

En plus de l'influence des religions juive et chrétienne, la religion des arabes préislamiques était, depuis des millénaires, essentiellement articulée autour d'un système astral dans lequel le culte du dieu de la lune prévalait. La lune se trouvait à la tête du Panthéon et était connue à Hadramawt sous le nom de Sïn, aux Minéens sous le nom de Wadd, aux Sabéens sous le nom d'Almaqah et aux Qatabaniens sous le nom d'Amm عم (oncle paternel en Arabe). Selon les inscriptions trouvées dans cette région, le dieu de la lune était considéré comme une divinité masculine et a pris le dessus sur le soleil Shams qui était considérée comme son épouse. Leur fils Athar, le dieu de Vénus, était le troisième membre de la triade (Athar est Ishtar pour les babyloniens et Ashtar pour les phéniciens) .

Les divinités citées dans le Coran
Le Coran nous fournit quelques noms de dieux et déesses adorés par les arabes avant l'islam. Parmi lesquels, on peut citer :
  • Les trois idoles Allātal-Uzzā et Manāt, considérées par les Qoraychites (habitants de la Mecque) comme étant les filles d'Allah selon les exégètes du Coran :
Sourate Najm 53:19-20
"Que vous en semble [des divinités], Allāt et al-Uuzzā; ainsi que Manāt, cette autre troisième"

"سورة النجم:53 19-20 "أَفَرَأَيْتُمُ اللَّاتَ وَالْعُزَّىٰ؛ وَمَنَاةَ الثَّالِثَةَ الْأُخْرَىٰ
  • Les deux astres les plus visibles dans le ciel qui sont le soleil et la lune :
Sourate Fussilat 41
"...ne vous prosternez ni devant le soleil, ni devant la lune, mais prosternez-vous devant Allah qui les a créés, si c’est Lui que vous adorez"

"سورة فصلت 37:41 "...لَا تَسْجُدُوا لِلشَّمْسِ وَلَا لِلْقَمَرِ وَاسْجُدُوا لِلَّهِ الَّذِي خَلَقَهُنَّ إِن كُنتُمْ إِيَّاهُ تَعْبُدُونَ
  • Le dieu Baal "بَعْلْ" : C'est un nom qui se dit de dieu et des hommes puisque le propriétaire, le mari ou le dieu de tel endroit peuvent tous se nommer Baal.
Sourate Saffat 37:125
"Allez-vous adorer Baal et délaisser le meilleur des créateurs"


"سورة الصافات 125:37 "أَتَدْعُونَ بَعْلًا وَتَذَرُونَ أَحْسَنَ الْخَالِقِينَ
  • D'autres divinités/idoles dont les noms sont Wadd, Suwā, Yağhūṯ, Yaūq et Nasr :
Sourate Nouh 71:23
"Et ils ont dit: «N’abandonnez jamais vos divinités et n’abandonnez jamais Wadd, Suwā, Yağhūṯ, Yaūq et Nasr"
"سورة نوح 23:71 "وَقَالُوا لَا تَذَرُنَّ آلِهَتَكُمْ وَلَا تَذَرُنَّ وَدًّا وَلَا سُوَاعًا وَلَا يَغُوثَ وَيَعُوقَ وَنَسْرًا

Par exemple, dans le livre  كتاب الأصنام Les idoles [1] d'ibn al Kalbi, le dieu Wadd est une statue d’homme dont la taille était très grande. Il avait une épée et portait un arc sur l’épaule. Il tenait aussi entre les mains une courte lance, surmontée d’un étendard, et un carquois contenant des flèches. Selon le Coran, les cinq dernières divinités, Wadd, Suwā, Yağhūṯ, Yaūq et Nasr, étaient adorées par des peuples qui ont vécu avant le déluge de Noé.

Les divinités dans la poèsie préislamique
La poésie arabe préislamique regorge de poèmes où plusieurs noms de divinités sont cités dont ceux de ce qui deviendra Allah. En effet, des poètes comme Antara ibn Shadad al-Abssi عنترة بن شداد العبسي, al-Nābiġa al-D̠ubyānī النابغة الذبياني, Salama ibn Jandal al-Tahawi سلامة بن جندل الطهويّ ou même al-Chanfara al-Azdi الشنفرى الأزدي, qui faisait partie du célèbre groupe arabe des bandits de grand chemin «Sa’alik» الصعاليك, écrivaient des vers où ils citaient leurs dieux avec des termes comme "Allah" الله ou bien "Al-Rahmane" الرحمن qui est un épithète d'Allah.

Exemples de poèmes en arabe :

- Antara ibn Shadad al-Abssi عنترة بن شداد العبسي :

- Nābiġa al-D̠ubyānī النابغة الذبياني :

- Chanfara al-Azdi الشنفرى الأزدي :
ألا ضربت تلك الفتاة هجينهـا *** ألا قضب الرحمن ربي يمينهاْ 

- Salama ibn Jandal al-Tahawi سلامة بن جندل الطهويّ

Les divinités à travers les prénoms arabes préislamiques
Les prénoms que donnaient les arabes à leurs enfants dans la période préislamique sont aussi une source d'information non négligeable au sujet de ces divinités. Intéressons-nous surtout à la famille et aux compagnons du prophète Mohammad où, selon les livres jaunes de l'héritage islamique, plusieurs personnes portaient des prénoms (avant l'islam) en "Abd - quelque chose", c'est à dire "adorateur d'un", "serviteur d'un" ou bien "esclave d'un dieu ou d'une déesse".

Famille du prophète
- Sa mère : Āmina bint Wahb ibn Abd Manaf et de Kibara bint Abd al-Uzza 
- Son père : Abd Allah
- Son grand-père paternel : Abd al-Muttalib
- Son arrière grand-père paternel : Abd Manaf
- Le frère de son arrière grand père paternel : Abd Shams  

Ses compagnons
- Abd Allah ibn abi Quhâfah, le compagnon le plus proche au prophète, connu sous le nom d'Abu Bakr Seddiq.
- Abd-Allah ibn Ubayy : un des principaux chefs de la tribu des Banu Khazraj de Yathrib.
- Malik ibn Zama'a ibn Qays ibn Abd Shams ibn Abd Wadd : beau-frère du prophète, frère de son épouse Sawda bint Zama'a.

Ainsi, ne serait-est ce qu'avec les prénoms de quelques personnes de la famille du prophète et de quelques-uns de ses compagnons, nous avons déjà les noms de six dieux et déesses vénérés par les arabes avant l'islam : Manaf, al-Uzza, al-Muttalib, Shams, Wadd et Allah.

Enfin, pour apprendre davantage sur les autres divinités préislamiques, consultez le livre "كتاب الأصنام" « livre des idoles » de Hicham ibn Kalbi [1]...

Qui était Allah avant l'islam ?

Comme nous l'avons vu dans le paragraphe précédent, il est particulièrement intéressant de rencontrer le dieu Allah chez les arabes avant l'Islam. En effet, avant de devenir le Dieu unique des musulmans, Allah avait été une divinité parmi d'autres du panthéon de la péninsule d'Arabie. Et il ne recevait que de rares hommages en comparaison à d'autres dieux et déesses. Par exemple, dans le nord d'Arabie, Allah et Allat sont associés dans certaines inscriptions archéologiques de la région de Safa [2, page 113] mais c'est cette dernière qui était la principale déesse des Arabes dans cette région [3, page 118] et cela dès le temps de l'historien grec Hérodote qui l'avait citée dans ses livres sous la forme d'Alilat, douze siècles avant l'islam. 

Ce dieu Allah n'était pas celui des arabes qui pratiquaient le culte d'Abraham, appelés "Ahnaf" أحناف (pluriel de Hanif) selon la tradition musulmane, puisque le grand père du prophète, Abd al-Muttalib, était païen selon la même tradition et pourtant il a appelé son fils Abd-Allah.

Comme pour les chrétiens d'orient aujourd'hui qui appellent leur dieu "Allah", ce mot aurait été à certaines périodes, pour les arabes préislamiques, un adjectif utilisé pour désigner le dieu qu'on vénère. Comme Elohim pour les juifs, Allah fait (aujourd'hui) référence au dieu unique et universel des musulmans mais, avant l'islam, il faisait référence à d'autres dieux païens adorés par les arabes pendant des siècles avant l'islam. En effet, si nous ne savons pas à quoi pensait exactement le grand père du prophète de l'islam quand il a appelé son fils Abd-Allah, nous savons, en revanche, qu'une tribu arabe Yéménite du nom de "Ak" عك venait à la Mecque pour le pèlerinage et faisait des invocations pour Hubal, la grande idole de la Kaaba, en l'appelant "Allahoumm'a Hubal" لبيك اللهم هبل, qui signifie "Nous t’invoquons, Ô Allah, Hubal" (voir la vidéo ci-dessous).

Extrait du film islamique هجرة الرسول sorti en 1964
نحن غرابا عك عك ... عكوا إليك عانية ... عبادك اليمانية ... كيما نحج الثانية ... لبيك اللهم هبل
 لبيك يحدونا الأمل .. الحمد لك .. والشكر لك .. والكل لك .. يخضع لك .. لبيك اللهم هبل

Selon ibn al Kalbi, Hubal était l'idole la plus importante des 360 idoles de la Mecque et elle était érigée au-dessus d'une fontaine desséchée où l'on jetait les offrandes à l'intérieur de la Kaaba [1]. Cette idole était associée au dieu de la lune dont le culte était répandu jusqu'au Yémen [4, page 240].


L'origine du mot "Allah"
Les inscriptions archéologiques المنقوشات الأثرية qui sont datées de plusieurs siècles avant l'ère chrétienne et qui sont trouvées dans la péninsule d’Arabie ont fourni le témoignage incontestable que le dieu principal des arabes était le dieu de la lune, représenté par les cornes d'un taureau ou bien par le croissant de lune. Sous ses différents noms, ce dieu fut très tôt adoré comme le « Père des dieux », l’équivalent de Zeus pour les Grecs ou de Jupiter pour les Romains. En effet, les arabes païens l'adoraient eux-aussi, comme décrit plus haut, sous le nom de Sïn en Mésopotamie et Almaqah au Yémen [4, page 240]. Et quelques siècles avant l'avènement de l'islam, le dieu lunaire continuait à être adoré, comme à la Mecque avec Hobal, mais il perdait de sa notoriété au profit d'autres dieux et déesses, comme Allat qui personnifiait le dieu du soleil dans le nord arabique et Athar, le dieu associé à la planète Vénus au Yémen, connu aussi sous le nom de Radu, Rouda ou Radw chez les arabes du nord [3, page 142].

Revenons maintenant sur la question autour de l'origine du nom d'Allah. Je ne saurais donner une réponse définitive à cette question mais je donnerai une hypothèse que j'argumenterai en me basant sur quelques données épigraphiques et aussi sur données de la tradition islamique. Je rappelle tout d'abord que la plupart des chercheurs s'accordent pour dire que le mot Allah est étymologiquement une contraction de "Al-ilah" avec l'article "al" comme "le" en Français et "ilah" qui signifie « un dieu ». Ainsi, Al suivi de ilah donnerait Allah.

Hypothèse sur l'origine dans le mot "Hilal" ou "Hellal" qui signifie "croissant le lune" en arabe
Le mot Allah trouverait sa racine dans le mot Hellal هلال qui est le croissant de lune en arabe. En effet, le mot Hellal ou Hillal, qui renvoie au dieu lunaire, le "père des dieux" comme précédemment décrit, a connu, durant des siècles, des "dérives" linguistiques en Hallal, Ha-lah, lah, Al-lah et finalement Allah.

L'hypothèse est vérifiée dans les données archéologiques
Les quatre mots Hallal, Ha-lah, Lah et Allah ont été trouvés dans les inscriptions archéologiques plusieurs siècles avant l'islam comme étant des noms de divinités.


- Hallal : idole de la tribu des  بنو فزارة بن ذبيان Banou Fazara ibn Dhabyan [5, page 280].
- Ha-lah : Avec l'article Lihyanite et Safaïtique "Ha" comme en Hébreu qui signifie "Le" en Français. Ce nom de dieu figure dans les inscriptions Thamoudiques et Lihyanites [6, page 117] et dans les inscriptions Safaïtiques cinq siècles avant l'islam [3, page 142] 
- Lah : figure dans une inscription Sabéenne huit siècles avant l'islam (voir Figures ci-dessous) [7, page 146], [8, pages 201-203], [10, page 258]  
- Al-lah : Avec l'article arabe "Al" أداة التعريف qui donne Allah

Inscription arabe en écriture sabéenne, trouvée à Qaryat al-Faw au sud de
l'Arabie Saoudite actuelle, sur pierre tombale en calcaire par un certain Igl fils
de Haf'am qui fait des invocations à trois dieux dont le dieu "Lah", (1er siècle av. J.-C) :
"Igl fils de Haf'am a construit pour son frère Rabibil fils de Haf'am le tombeau : pour lui et pour son enfant et sa femme, et ses enfants et les enfants de leurs enfants et les femmes du folk Ghalwan. Et il l'a placé sous la protection de [les dieux] KahlLah et Athtar al-Shariq contre quiconque, fort ou faible, et contre quiconque tenterait de le vendre ou de le promettre, pour toujours, sans aucune dérogation, tant que le ciel produira de la pluie ou de l'herbe terrestre"


Données basées sur la tradition islamique
Dans le verset 173 de la sourate al Baqara:2, le mot arabe uhill'a أُهِلَّ qui signifie "on a invoqué" est particulièrement intéressent à étudier. 

"سورة البقرة الآية 173: "إِنَّمَا حَرَّمَ عَلَيْكُمُ الْمَيْتَةَ وَالدَّمَ وَلَحْمَ الْخِنزِيرِ وَمَا أُهِلَّ بِهِ لِغَيْرِ اللَّهِ

Verset al-Baqara 2:173 « Certes, Il vous interdit la chair d' une bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué un autre qu'Allah [...] »

Dans les lexiques arabes, le mot uhill'a أُهِلَّ est parfois corrélé au mot hellal هلال. Voici quelques définitions en arabe : 


En effet, en langue arabe on dit d'un musulman qui prononce la profession de foi, ou la chahada la ilaha ill'a allah, qu'il a ahall'a أَهَلَّ ou bien halal'a هَلَّلَ, ce qui signifie aussi "a regardé vers le croissant de lune".

D'autre part, le mot Ya-Sin يس, qui est le nom d'une autre sourate, a toujours fait l'objet de divergences entre les oulémas musulmans. D’après Ibn Abbas Ya-Sin signifie « O homme ». Un autre groupe d’exégètes stipulent que c'est le Coran qui est désigné tandis que d'autres voient en Ya-Sin un surnom du prophète Mohammad. Mais l'imam Malik, en s’appuyant sur l'avis d'autres érudits avant lui, interdit aux musulmans d'appeler leurs enfants Ya-Sin puisque, selon lui, ce nom fait partie des noms d'Allah [Tafssir al Qortobi, verset 36-1]. Nous savons aussi que Sin est le nom du dieu lunaire comme chez les Sabéens de Harran [9, page 318]. Cela montre, par conséquent, l'influence incontestable du culte du dieu lunaire sur l'islam. 

Enfin, nous savons que l'idole qui personnifiait le dieu de la lune pour les Qoraychites était Hobal. Cette idole était invoquée par certaines tribus arabes en utilisant l’appellatif "Allah" (voir plus haut) et le Coran n'en contient aucune allusion. Ce silence a conduit certains orientalistes à se demander si Allah n'était pas un simple appellatif du dieu Hobal [11, page 75]. Il y a en plus une histoire rapportée dans les livres de la Sira (tradition prophétique) du grand père du prophète Abd al-Muttalib qui a d'abord promis son fils Abdallah en sacrifice à Hobal qui l'avait aidé à retrouver la source Zamzam, mais il aurait finalement proposé au dieu mille chameaux en échange. Dans les livres qui rapportent cette histoire, on lit qu'Abd al-Muttalib "s'est mis en face de Houbal pour invoquer Allah".

Il est clair que Allah a une origine dans les noms et le culte du dieu lunaire des arabes plusieurs siècles avant l'islam. Mais selon les lieux géographiques et durant des siècles, cette dépendance à cette divinité a dû progressivement changer pour que Allah ne devienne qu'un appellatif du dieu qu'on adore. Ainsi, le Allah de la tribu "Ak" عك, citée plus haut, était bien Hobal, l'idole qui personnifiait le dieu lunaire, mais le Allah d'une autre tribu désignait sûrement une autre divinité.
Cela ne reste évidemment qu'une hypothèse et nous ne pouvons pas avoir de preuves catégoriques étant donné que l'islam a anéanti les cultes païens partout où il s'est répandu, comme le christianisme triomphant a pu détruire les monuments religieux du paganisme gréco-oriental.

Allah aurait été un astre avant de devenir le dieu Abrahamique

Il y a une multitude de signes qui montrent que, avant de devenir le dieu universel des musulmans, le dieu Allah aurait été un astre. Ceci peut évidemment choquer les croyants musulmans mais ayant pris soin de tenir compte des données scientifiques les plus récentes et de vérifier les informations tirées de l'héritage islamique, je leur demanderais de prendre le temps d'analyser toutes les informations présentées dans cet article avant de donner un jugement. Il est entendu que l'étude n'est pas définitive et n'a donc pas la prétention d'être exhaustive.

Allah est un astre selon le Coran
Regardons le dixième verset de la sourate l'Etoile Najm53:10

"سورة النجم 10:53 "فَأَوْحَىٰ إِلَىٰ عَبْدِهِ مَا أَوْحَىٰ
Sourate Etoile 53:10 "Il révéla à Son serviteur ce qu'Il révéla"

En lisant la sourate depuis le début, nous nous apercevons que le "Il" dans le verset No 10 renvoie à l'étoile citée implicitement dans les versets précédents et explicitement dans le premier verset.

سورة النجم 10:53-1 "وَالنَّجْمِ إِذَا هَوَىٰ (1) مَا ضَلَّ صَاحِبُكُمْ وَمَا غَوَىٰ (2) وَمَا يَنطِقُ عَنِ الْهَوَىٰ (3) إِنْ هُوَ إِلَّا وَحْيٌ يُوحَىٰ (4) عَلَّمَهُ شَدِيدُ الْقُوَىٰ (5) ذُو مِرَّةٍ فَاسْتَوَىٰ (6) وَهُوَ بِالْأُفُقِ الْأَعْلَىٰ (7) ثُمَّ دَنَا فَتَدَلَّىٰ (8) فَكَانَ قَابَ قَوْسَيْنِ أَوْ أَدْنَىٰ (9) فَأَوْحَىٰ إِلَىٰ عَبْدِهِ مَا أَوْحَىٰ (10

Sourate l'Etoile 53:1-10 [1] Par l’étoile lorsqu’elle décline ! [2] En vérité, votre compatriote n’est ni un égaré ni un illuminé [3] et il ne dit rien sous l’effet de la passion ! [4] Ce n’est en fait qu’une révélation inspirée [5] que lui a enseignée l'Etre d’une force prodigieuse, [6] Doué d’une sagacité inouïe, qui se manifesta devant lui sous sa forme angélique, [7] alors qu’il se trouvait à l’horizon suprême. [8] Puis l’être se laissa glisser et s’approcha [9] jusqu’à ce qu’il ne fût qu’à une distance de deux portées d’arc ou moins encore. [10] C’est alors qu'Il révéla à Son Serviteur ce qu’Il révéla."

L'Etre d'une "force prodigieuse" cité dans le verset 5 et 6 et qui donne la révélation au prophète (verset No 10), ne peut pas être l'ange Gabriel comme expliqué dans presque tous les livres d’exégèse coranique. En effet, dans le dixième verset, le prophète ne peut pas être le serviteur عبد d'un ange étant donné que les Hommes sont les serviteurs عباد de Dieu. Donc, selon l’enchaînement des versets, ce dieu est bien l'étoile citée au début de la sourate.

La "compétition" avec l'étoile Sirius citée dans le Coran
L'étoile Sirius est citée dans le verset 49 de la sourate l'Etoile 53 "وَأَنَّهُ هُوَ رَبُّ الشِّعْرَىٰ", "Il (Allah) est le dieu de Sirius".
Pourquoi Allah tenait-il à préciser qu'il était le dieu d'une étoile ?

La réponse est dans certains récits de la tradition islamique où on apprend par exemple dans l’exégèse d'al-Qortobi du verset Najm53:49 que les Qoraychites appelaient le prophète Mohammed ibn abi Kabcha qui signifie le fils d'abu Kabcha, un arrière grand père du prophète du côté de sa mère. Ce abu Kabcha était connu chez les arabes comme étant le premier à avoir appelé à adorer l'étoile Sirius, appelée chez les arabes "al-Chi'ara" الشِّعْرَىٰ, "Chi'ara yéménite" الشِّعْرَىٰ اليمنية ou bien "Chi'ara al Oubour" الشِّعْرَىٰ العبور. Les Qoraychites se sont donc rappelés de ce Abu Kabcha en écoutant son arrière petit fils, le prophète Mohammad, qui aurait aussi appelé les arabes à adorer un astre. 
Comme le Soleil, la lune et Vénus, Sirius était aussi adorée dans certaines tribus arabes avant l'islam. Une sorte de compétition avait surement été engendrée qui a fait que des tribus ou groupes de personnes voulaient faire prévaloir leur divinité et ainsi la mettre au dessus des autres. Le verset 53:49 "Il (Allah) est le dieu de Sirius" peut se comprendre dans ce sens.

Allah se compare dans le Coran à une planète avec un grand éclat
Cette comparaison est donnée dans la sourate a-Nour 24:35

"سورة النور35:24 "اللَّهُ نُورُ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضِ مَثَلُ نُورِهِ كَمِشْكَاةٍ فِيهَا مِصْبَاحٌ، الْمِصْبَاحُ فِي زُجَاجَةٍ، الزُّجَاجَةُ كَأَنَّهَا كَوْكَبٌ دُرِّيٌّ

Sourate a-Nour 24:35 "Allah est la Lumière des cieux et de la terre. Sa lumière est semblable à une niche où se trouve une lampe. La lampe est dans un (récipient de) cristal et celui-ci ressemble à un astre (une planète) de grand éclat [...]"


Les détracteurs du prophète qui rejetaient "son dieu étoile" !

L'histoire du divorce de la fille du prophète Oum Kalthoum est intéressante dans le cadre de cette analyse. Oum Kalthoum était mariée à Outayba ibn abi Lahab qui était le fils d'un des plus grands ennemis de l'islam, cité dans le coran dans la sourate al-Massad-111. Les livres de l'héritage islamique nous apprennent qu'à la demande de son père, Outayba a cassé son mariage avec Oum Kalthoum et avant de prononcer le divorce, il a dit au prophète qu'il était "mécréant vis-à-vis de l'étoile qui décline et qui se rapproche", reprenant ainsi le premier et le huitième verset de la sourate l'Etoile-53. 
Voici, en arabe, un extrait de cette histoire tiré de l’exégèse d'Al Qortobi du premier verset de la sourate l'Etoile Najm 53:1

عن عروة بن الزبير رضي الله عنهما أن عتبة بن أبي لهب وكان تحته بنت رسول الله صلى الله عليه وسلم أراد الخروج إلى الشام فقال : لآتين محمدا فلأوذينه ، فأتاه فقال : يا محمد هو كافر بالنجم إذا هوى ، وبالذي دنا فتدلى . ثم تفل في وجه رسول الله صلى الله عليه وسلم ، ورد عليه ابنته وطلقها ;

Ressemblances avec le culte des zoroastriens qui adoraient l'Etoile Sirius
D'autre part, en lisant certaines sourates comme l'Etoile 53, on constate l'influence qu'ont laissé les perses zoroastriens sur les croyances religieuses des arabes d'une manière générale. En effet, des ressemblances sont remarquables entre certains versets coraniques et certains passages dans l'Avesta qui est le livre sacré des zoroastriens. J'ai déjà développé cela dans ces articles :

- "Sirat al Mustaqim" خرافة الصراط المستقيم

- La fabuleuse histoire des astres qui lapident les démons citée dans le Coran خرافة رجم الشياطين المذكورة في القرآن


Dans le culte des Zoroastriens, Ahura-Mazda est bien le dieu unique vénéré mais leur prophète Zoroastre appelle aussi à honorer, entre autres, l'étoile Sirius en lui donnant des offrandes. L'étoile Sirius est appelée Tistrya chez les perses. Voici quelques ressemblances dans le livre de l'Avesta [12] avec les passages coraniques des premiers versets de la sourate l'Etoile 53 qui sont "l'étoile qui décline avec une force prodigieuse et qui s’approche jusqu’à ce qu’elle ne fût qu’à une distance de deux portées d’arc"  وَالنَّجْمِ إِذَا هَوَىٰ (7) ثُمَّ دَنَا فَتَدَلَّىٰ (8) فَكَانَ قَابَ قَوْسَيْنِ أَوْ أَدْنَىٰ  ainsi qu'avec le verset dans la sourate at-Taariq 86:3 de l'étoile perçante النجم الثاقب. 

AVESTA TIR-YESHT VIII. IV. 6.  [12, page 216; 523 du PDF]
"Honorons Tistrya.. qui s'avance vers la mer Vourukasha avec le coulant d'une flèche douée d'une rapidité intellectuelle, qu'un vigoureux archer,[...]"

AVESTA TIR-YESHT, VIII, 2.   [12, page 216; 523 du PDF]
"Je veux aussi honorer par ces offrandes, l'astre qui dispense les biens aux campagnes, l'astre Tistrya brillant, majestueux, [...], (astre) d'un éclat vermeil et étincelant, qui frappe la vue, bienveillant, guérissant les maux[...].

Les "beaux noms" d'Allah الأسماء الحسنى et les attributs des divinités préislamiques
La doctrine musulmane a pu rassembler une liste de quatre-vingt-dix-neuf qualificatifs pour Allah appelés "les beaux noms de Dieu" أسماء الله الحسنى, Allah étant le centième. C’est ainsi qu'Allah est désigné, non seulement par son véritable nom, mais par une série de vocables qu’on trouve parfois dans le Coran suivant le sens des versets ou selon l’harmonie du rythme et de la rime.
Par exemple :
"سورة البقرة 182:2 "فَلَا إِثْمَ عَلَيْهِ إِنَّ اللَّهَ غَفُورٌ رَحِيمٌ
Sourate al-Baqara 2:182 "...alors pas de péché sur lui car Allah est Pardonneur et Miséricordieux !"

D'un autre côté, des inscriptions archéologiques trouvées dans la région Safa en Syrie actuelle et dans le sud arabique font connaître des divinités préislamiques avec des attributs très proches voire identiques aux "beaux noms d'Allah". Le nom "Miséricordieux" par exemple, ou Rahîm رَحِيم en arabe, est trouvé dans les inscriptions Safaïtiques [6, page 178]. Dans d'autres inscriptions Thamoudiques, on trouve aussi des noms de divinités comme aliy علي, Suprême; Sami'e سميع, Audient ou Qadir قدير, Omnipotent, etc. [6, pages 178-179].

Les premières sourates coraniques dans lesquelles le monothéisme judéo-chrétien est quasi-inexistant
En dépit des efforts de l’érudition musulmane et de la critique des orientalistes occidentaux, la chronologie exacte des versets coraniques reste incertaine [13]. En effet, des divergences subsistent encore dans l'ordre de quelques sourates les unes par rapport aux autres et des anomalies existent à l'intérieur de certaines sourates mécquoises dans lesquelles on trouve des versets médinois et inversement. Malgré tout, nous pouvons classifier les sourates du Coran en trois groupes correspondant à deux périodes mécquoises et une période médinoise.
La première période mécquoise correspond à des versets très poétiques et relativement courts évoquant les astres, le jour et la nuit et tout ce qui relève des phénomènes naturels. Cette période a duré au moins quatre ans durant lesquels le monothéisme judéo-chrétien était quasi absent. En effet, Jésus عيسى et la vierge Marie مريم العذراء ne sont cités pour la première fois qu'à la sourate Maryam, qui est la 44éme sourate dans l'ordre chronologique admis par la majorité des islamologues et le mot "chrétiens", appelés Nassara النصارى dans le Coran, n'est cité pour la première fois que dans une sourate médinoise, al-Haj qui est la 103éme dans cet ordre chronologique des sourates. En ce qui concerne les juifs, une mention très brève à Moïse, envoyé avec au phraon avec ses "feuillets" صحف, est citée dans deux sourates de la première période mécquoise (Al-Ala et Najm qui sont la 8éme et la 23éme dans l'ordre chronologique) mais les fameuses histoires coraniques des fils d’Israël avec le bâton de Moïse, la sortie d'Egypte, le frère Aaron هارون, etc. ne sont développées qu’après 38 sourates. Il fallait effectivement attendre la sourate al-A'raf الأعراف et les sourates qui en sont suivies pour connaitre de telles histoires. Notons aussi que le mot Yahoud يهود est cité pour la première fois à la 87éme sourate sur 114 que comporte le Coran.
Il est donc clair que le discours coranique a radicalement changé entre la première période mécquoise (à peu près entre 610 et 614) et la deuxième (entre 615 et 622 à peu près). La première période (une quarantaine de sourates) mentionne plutôt les astres et les phénomènes naturels tandis que la deuxième période (une quarantaine de sourates aussi étant donné que la première sourate médinoise al-Baqara porte le numéro 87 dans l'ordre chronologique) voit les débuts de l'influence du monothéisme judéo-chrétien sur ce que allait devenir la religion musulmane qu'on connait aujourd'hui.

A quel astre aurait été associé Allah avant de devenir le dieu des judéo-chrétiens

Comme je l'avais décrit précédemment, avant de s'associer au monothéisme judéo-chrétien, Allah aurait été un astre durant la première période mécquoise (de 610 à 614 à peu près). Mais quel aurait été cet astre ?
Evidemment la question répugnerait une conscience musulmane qui refuse, en général, toute critique du dogme établi mais, malgré le fait qu'il n'y ait pas de certitudes dans les conclusions qui sont données, il est toujours intéressent d'exposer ces conclusions et d'encourager toute autre recherche qui vise à démystifier l'histoire religieuse du Moyen-Orient d'une manière générale et celle de l'islam en particulier.

Pourquoi le prophète a-t-il fixé le Vendredi comme jour saint pour les musulmans ?
Une des dernières sourates médinoises est la sourate al-Joumu'a الجمعة "Vendredi" dans laquelle le verset 62:9 appelle les croyants à se regrouper le jour du vendredi pour une prière collective instaurant par la même occasion un jour saint en islam. En voulant se démarquer des deux autres monothéismes abrahamiques, le prophète opta donc pour le vendredi comme jour saint. Mais pourquoi le vendredi et pas le lundi ou un autre jour de la semaine ?

La réponse pourrait être liée au "jour de Vénus" ou Veneris dies en latin dont est issu le mot Vendredi.

En Arabie préislamique, le vendredi était dédié au culte des dieux et déesses personnifiant la planète Vénus. L'historien musulman Ibn Nadim ابن النديم (mort à la fin du 10e siècle) a consacré, dans son livre al-Fahrast الفهرست, tout un chapitre aux Sabéens de Harran et à leur culte dédié, notamment à la planète Vénus [9, page 318].
Notons aussi que la couleur verte qui symbolise l'islam est aussi la couleur associée à la planète Vénus selon le code de couleurs astrologiques défini par Claude Ptolémée, cinq siècles avant l'islam.

Vénus, étoile du matin indirectement citée dans la sourate at-Taariq 86
Comme le rappelle le penseur Égyptien Abbas Mahmoud Al-Akkad (1889-1964) dans son livre L'encyclopédie islamique [14, page 889] , les arabes ont toujours associé la planète du matin à Vénus. Cette planète du matin n'est autre que l'astre "at-Taariq" الطارق, cité dans la sourate qui porte le même nom (No 36 dans l'ordre chronologique). Notons que certains exégètes associent l'astre at-Taariq à Staurne ou bien à الثريا la constellation des Pléiades [6, page 167]

Etoile du matin, une divinité dans les inscriptions archéologiques
Parmi les dieux qu'on trouve sur les inscriptions Palmyriennes et Safaïtiques du nord de l'Arabie, il y a le dieu, Azizou [2, page 77] ou Azizos (عزيز أو عزّو) qui est souvent associé à un autre dieu du nom de Monimos [3, page 142]. Ce binôme n'est autre que le dédoublement du dieu Athtar, le dieu mâle de l'Arabie méridionale identifié à la planète Vénus [2, page 78]. Le dieu Azizou correspondait donc à l'étoile du matin et c'est l'un des 99 "beaux noms d'Allah" أسماء الله الحسنى



L'Etoile du matin dans la Sunna (tradition prophétique)
Selon la croyance musulmane, le dernier tiers de la nuit est le moment le plus propice pour la prière, les invocations et la demande de pardon puisque Allah descend et s'installe au niveau du ciel le plus proche de la terre. 
En effet, selon un hadith rapporté dans Sahih al Bukhari et Sahih Muslim, le prophète Mohammad a dit :

« Allah - qu'Il soit Béni et Exalté - descend chaque nuit au ciel le plus proche (de la terre), vers le dernier tiers de la nuit et dit : ''Qui M'invoque, pour que Je l'exauce ? Qui Me demande, pour que Je lui donne ? Qui implore Mon pardon, pour que Je lui pardonne ? »
Rapporté par Bukhari No 1145 et Muslim No 758 ( 1261 )
في الصحيحين عن أبي هريرة أن رسول الله صلى الله عليه وسلم قال
ينزل ربنا تبارك وتعالى حين يبقى ثلث الليل الآخر كل ليلة فيقول من يسألني فأعطيه من يدعوني فأستجيب له من يستغفرني فأغفر له حتى يطلع الفجر

Références

[1] :   "كتاب الأصنام" « livre des idoles », Hicham al-Kalbi, 810
[2] : "Semitic Inscription", E. Littmann, 1904   
[3] : "Les Arabes en Syrie avant l'islam", R. Dussaud, 1907
[4] : "Rapport sur une Mission Archéologique dans le Yémen", Joséph Halévy, Extrait No 2 de l’année 1872 du Journal Asiatique
[5] : "معجم البلدان", Yacout al-Hamawi, 1198
[6] : " المفصّل في تاريخ العرب قبل الإسلام ", Jawad Ali, Vol 6, 1968 
[7] : "Qaryat al Faw, a portrait of pre-islamic civilisation", A.R. Ansary, 1982
[8] : "Arabia and the Arabs, from the Bronze Age to the coming of Islam", R.G. Hoyland, 2001
[9] : "الفهرست", ibn Nadim, 1035
[10] : "Rapport à M. le Secrétaire perpétuel sur une mission dans le désert de Syrie", R. Dussaud, 1902
[11] : "Reste Arabischen Heidentums", J. Wellhausen, 1897
[12] : "Avesta, Livre Sacré des Zoroastriens",  Traduit par de Harlez, 1875
[13] : "Le problème de la chronologie du Coran", G. S. Reynolds, 2011
[14] : "L'encyclopédie islamique", Vol 5, Abbas Mahmoud Al-Akkad, 1971


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mercredi 9 mai 2018

Une lecture manichéenne et zoroastrienne des premiers versets de la sourate at-Tur 52 : "Une contribution pour décoder les versets incompréhensibles du Coran"

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Les sources utilisées dans cet article sont disponibles ici :

- Le Testament de Levi (Livre apocryphe de l'Ancien Testament)
- The Sea of Fire as a Chinese Manichaean Metaphor
- THE FIRMAMENT AND THE WATER ABOVE
Heaven and Earth in the Gospel of Matthew
The Westminster Dictionary of New Testament & Early Christian Literature & Rhetoric
lettres envoyées d'Egypte par Jean-François Champollion en 1828 et 1829
- L'Avesta, livre sacré du Zoroastrisme, traduit en Français
- Kitab al-Fahrast الفهرست d'Ibn Nadim (en arabe)
- Kitab al-Maarif d'Ibn Qoutayba ابن قتيبة, كتاب المعارف (en arabe)

Ainsi que d'autres liens qui sont disponibles directement en cliquant sur les mots ou sur les phrases.

Dans cet article, nous allons proposer une nouvelle lecture de certains versets du début de la sourate at-Tur 52. C'est plus particulièrement le sixième verset qui fera l'objet d'un nouvel éclairage, étant donné le manque d'informations claires et les contradictions exégétiques que nous trouvons dans les livres islamiques autour de ce verset. Le premier verset sera aussi regardé de près. 
Les traditions et croyances manichéennes et zoroastriennes sont principalement utilisées dans cette lecture.

Voici les premiers versets de la sourate at-Tur 52 :  
1-7 :سورة الطور52
وَالطُّورِ (1) وَكِتَابٍ مَّسْطُورٍ (2) فِي رَقٍّ مَّنشُورٍ (3) وَالْبَيْتِ الْمَعْمُورِ (4) وَالسَّقْفِ الْمَرْفُوعِ (5) وَالْبَحْرِ الْمَسْجُورِ (6) إِنَّ عَذَابَ رَبِّكَ لَوَاقِعٌ (7
Sourate at-Tur 52:1-7
"1.Par Aṭ-Ṭūr (montagne) 2. Et par un Livre écrit 3. sur un parchemin déployé ! 4. Et par la Maison peuplée 5. Et par la Voûte élevée ! 6. Et par la Mer "en furie et embrasée" 7. Le châtiment de ton Seigneur aura lieu"

Représentation de la "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ  

L'océan céleste dans la tradition islamique (البحر السماوي في الديانة الإسلامية)

Les exégèses des premiers versets de la sourate at-Tur 52, nous apprennent que "at-Tur" [verset 1] est un "mot syriaque" qui signifie "Montagne" et qui serait la "montagne de Sinaï" ou bien "une montagne dans le Paradis". Les deuxième et troisième versets évoqueraient le "Coran" ou bien la "Torah". Le quatrième verset serait une "mosquée dans le septième ciel" qui se trouve, selon le fameux hadith du voyage nocturne, juste "au-dessus de la Ka'baa" où "soixante-dix milles anges entrent pour prier". La "Voûte élevée" du cinquième verset serait le "Ciel" comme décrit dans le verset 21:32 "Nous avons fait du ciel une voûte protégée", وَجَعَلْنَا السَّمَاءَ سَقْفًا مَّحْفُوظًا . Enfin, et c'est le verset qui nous intéresse le plus dans cet article, la sourate mentionne une "Mer en furie et embrasée" (الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ) dans le sixième verset.

La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ dans les livres d’exégèse islamique
Depuis les premiers siècles de l'islam et jusqu'à nos jours, les exégètes du Coran ne nous ont jamais donné de définition précise de cette "mer en furie et embrasée" citée dans le verset 52:6.
L'interprétation d'un des premiers exégètes du Coran, Mujahid ibn Jabr (645-722 مُجاهِد بْن جَبْر), serait une "mer embrasée" dans les cieux et sous l'enfer. Celle de Qatada ibn Da'ama (680-736 قتادة بن دعامة ), serait une "mer remplie" (بحر مملوء) (Source : Tafsir ibn Kathir). Une autre interprétation, antagoniste à cette dernière, est celle d'Abdallah Ibn Abbas (619-688)  عبد الله بن عباس qui rapporte que la mer dans le verset 52:6 est une "mer vide" (بحر فارغ) (Source : Tafssir ibn Kathir). D'autres avaient aussi avancé que cette mer serait celle qui sera transformée en flammes le jour de la résurrection. Enfin, et cela est répété un peu partout dans les exégèses, comme celle d'Ibn Jarir Tabari ( 839-923 بن جرير الطبري), ce serait une "mer sous le trône d'Allah", expression qu'on trouve d'ailleurs dans le verset de la sourate Hud 11:7 "alors que Son Trône était sur l'eau"  وَكَانَ عَرْشُهُ عَلَى الْمَاءِ.

Voici des extraits (en arabe) des toutes premières exégèses coraniques du verset 52:6 (source):
تفسير مجاهد بن جبر المخزومي (ت 104 هـقال علي بن أَبي طالب، عليه السلام، ليهودي: أَين جهنم؟ فقال اليهودي: تحت البحر. قال علي: صدق. ثم قرأَ: وَٱلْبَحْرِ ٱلْمَسْجُورِ
تفسير غريب القرآن, زيد بن علي (ت 120 هـالبَحرُ المَسجورِ: بَحرٌ تَحتَ العَرشِ يُسمى بَحرُ الحَياةِ
تفسير مقاتل بن سليمان (ت 150 هـوَٱلْبَحْرِ ٱلْمَسْجُورِ, تحت العرش الممتلىء من الماء يسمى بحر الحيوان يحيى الله به الموتى فيما بين النفختين
تفسير الطبري (ت 301 هـ "إن هذا البحر المسجور الذي أقسم به ربنا تبارك وتعالى بحر في السماء تحت العرش"

Par conséquent, on ne connait pas exactement la signification théologique de cette "mer en furie et embrasée" البحر المسجور citée dans le verset 52:6. Mais, du fait du nombre d'occurrence dans les exégèses, on peut quand même penser que les musulmans des premiers siècles de l'islam croyaient en l'existence d'une étendue d'eau qui se trouve dans les cieux sous le trône.




La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُورِ vue par les défenseurs des "miracles scientifiques dans le Coran"
Les défenseurs des soi-disant miracles scientifiques dans le Coran utilisent les photos prises des volcans sous-marins pour répandre l'idée selon laquelle le verset 52:6 est un "miracle scientifique" et que Dieu révélait ce phénomène naturel, inconnu des musulmans du 7e siècle, pour que ceux du 20 et 21e siècles le comprennent.
Une des photos utilisées par les défenseurs des
"miracles scientifiques dans le Coran" pour le verset 52:6
Le soleil et la lune naviguant dans les "eaux célestes" ? الشَّمْسَ وَالْقَمَرَ كُلٌّ فِي فَلَكٍ يَسْبَحُونَ
Le mot en arabe "falak" فَلَك dans le verset 21:33 a été interprété et traduit par "orbite" qui signifie مَدَار "Et c’est Lui qui a créé la nuit et le jour, le soleil et la lune; chacun dans une orbite naviguent.". Le soleil et la lune seraient donc sur des orbites dans le ciel. Mais la définition du mot "orbite" telle que nous la connaissons aujourd'hui signifie toute trajectoire fermée d'un corps animé d'un mouvement périodique. Dans ce cas, il y a un problème pour le soleil qui, on le sait, tourne, comme les autres étoiles de notre galaxie, autour du centre de cette dernière et pas autour de la terre ou d'un autre corps céleste du système solaire. Par conséquent, toutes les exégèses relatives à ce verset seraient fausses parce que les exégètes pensaient que ce fut la terre qui était immobile et le soleil qui tournait autour d'elle. Mais les défenseurs des "miracles scientifiques dans le Coran" diront, si ce n'est pas déjà le cas, que ce verset aussi contient un miracle parce qu'il mentionnait le gros trou noir qui se trouverait au centre de notre galaxie et qui ferait tourner les étoiles autour de lui.

Regardons maintenant les définitions du mot "falak" فَلَك dans les vieux lexiques arabes. Les premiers lexiques n'ont vu le jour qu'à la fin du deuxième siècle de l'hégire et un des plus complets est Lisan al-arab (9e siècle) d'Ibn Mandhour. Dans ce lexique le mot "falak" فَلَك a deux significations :
  1. "falak" فَلَك : trajectoire des étoiles 
  2. "falak" فَلَك : vague dans la mer 
Voici des extraits (en arabe) de la définition de "falak" فَلَك dans lisan al-arab :

الفَلَك : مدار النجوم
الفَلَك : موج البحر

 قوله في فلك فيه قولان : فأما الذي تعرفه العامة فإنه شبهه بفلك السماء الذي تدور عليه النجوم وهو الذي يقال له القطب شبه بقطب الرحى ، قال : وقال بعض العرب الفلك هو الموج إذا ماج في البحر فاضطرب وجاء وذهب فشبه الفرس في اضطرابه بذلك ، وإنما كانت عينا أصابته ، قال : وهو الصحيح . والفلك : موج البحر

Si nous retenons la deuxième définition, nous pouvons conclure que le soleil naviguerait sur une vague dans une mer céleste. Et cette définition est aussi citée dans l’exégèse de Tabari du verset 21:33 :

قال آخرون: الفلك موج مكفوف تجري الشمس والقمر والنجوم فيه

Notons aussi qu'étant donné l'absence des points diacritiques التنقيط sur les premiers manuscrits coraniques, ce mot pourrait aussi être lu "fulk" فُلْك qui signifie "barque" ! Et cela nous semble aussi logique quand nous nous referons aux croyances anciennes des peuples du Moyen-Orient (voir la barque du Dieu Solaire, plus bas, dans le paragraphe consacré à la mythologie égyptienne). 

Par conséquent, le soleil et la lune auraient été vus comme des astres naviguant dans un océan  d'eau situé dans le ciel. Mais quelle est l'origine de cette croyance ?

L'océan céleste dans la religion juive (البحر السماوي في الديانة اليهودية)

En s'inspirant des croyances des peuples sumériens, les auteurs bibliques de la Torah et de ses livres apocryphes avaient imaginé la terre comme un disque plat flottant dans l'eau, avec sept cieux au-dessus (lire l'article consacré au mythe des sept cieux) et un monde souterrain au-dessous (Source).

The Westminster Dictionary of New Testament & Early
Christian Literature & Rhetoric,  David E. Aune, 2010
Le deuxième ciel appelé "Raki'a" (Source : Le Talmud) serait un bol solide inversé au-dessus de la terre, coloré en bleu par l'océan cosmique et empêcherait les eaux de cet océan d'inonder la terre (Source).

Heaven and Earth in the Gospel of Matthew, Jonathan T. Pennington, 2007
En plus, le Testament de Lévi, qui fait partie des Testaments des douze patriarches et qui relatent les discours et recommandations attribués aux fils de Jacob, comprend une prière de Lévi (un des fils de Jacob) où il relate une vision de son ascension dans les sept cieux (lire l'article consacré aux ascensions célestes des prophètes et des rois). Cette ascension le fit passer par un Océan Céleste qui est décrit comme étant des eaux abondantes suspendues entre les deux premiers cieux et proches d'un feu brûlant au dessus du deuxième ciel.

Voici une traduction française du Testament de Lévi, publiée dans cet article du Dr. Ursula Schattner-Rieser de l'Université de Cologne, Institut d’Etudes sur le Judaïsme :
35 Ensuite nous entrâmes dans le premier ciel et je vis là-bas une grande obscurité. 36 Alors nous passâmes du premier ciel et j’entrai dans le deuxième, 37 et je vis là-bas des eaux abondantes suspendues entre les deux cieux ; 38 neige et glace étaient au-dessus des eaux et un feu brûlant au-dessus d’elles.

L'océan céleste dans la mythologie Égyptienne (البحر السماوي في الميثولوجية المصرية)

En voyant la couleur bleue du ciel au dessus de leurs têtes, les égyptiens de l'antiquité avaient aussi imaginé un monde inversé, par effet miroir, avec un océan au dessus de la voûte céleste personnifiée par la déesse du ciel Nout. Les eaux célestes se trouvent ainsi dans l'espace au dessus du corps de la déesse égyptienne et elles servent comme passage pour les pharaons défunts pour atteindre l'au-delà. Dans la mythologie égyptienne, ces défunts sont accompagnés sur des barques dans l'océan céleste par des dieux appelés Passeurs. 

Représentation de Nout, la déesse du ciel, sous forme de voûte
Cette notion de barque céleste est aussi mentionnée dans les Textes des pyramides (il y a 4500 ans), qui constituent le corpus religieux le plus ancien découvert à ce jour en Égypte. En effet, il y a plusieurs mentions du périple dans le ciel du dieu Ré, qui est une des formes du Soleil. Le périple de ce dieu solaire se fait aussi sur une barque appelée Barque solaire. Voici un extrait des Textes des pyramides :
« Veuille donc aller à cette barque de Ré où souhaitent monter les dieux, avec laquelle souhaitent aller les dieux et avec laquelle Ré voyage vers l'horizon !...»
Textes des Pyramides, chapitre 606

Représentation de la Barque Solaire avec le Soleil au milieu
Enfin, l'égyptologue français Jean-François Champollion, qui fut le premier à déchiffrer les hiéroglyphes, avait écrit dans ses lettres envoyées d'Egypte en 1828 et 1829, (voir P 106), des passages qu'il a pu déchiffrer au sujet de l'océan céleste où le dieu Ré navigue sur sa barque.

lettres envoyées d'Egypte en 1828 et 1829 par Jean-François Champollion

L'océan céleste dans la religion Manichéenne (البحر السماوي في الديانة المانوية)

Le manichéisme est une doctrine religieuse dont l'origine remonte au 3e siècle ap. J. -C. Son fondateur est Mani (ou Manès) qui proclamait être le sceau des prophètes (le dernier) en élaborant sa doctrine comme un syncrétisme du Bouddhisme, du Zoroastrisme et du Christianisme. Cette religion est née en Irak mais elle s'est répandue partout au Moyen-Orient et elle est arrivée jusqu'en Chine à partir du 6e siècle de notre ère.
Selon plusieurs historiens arabes comme Ibn Nadim ابن النديم (mort à la fin du 10e siècle) et Ibn Qoutayba (ابن قتيبة 828-889), la religion de Mani (المانوية) était connue à la Mecque pendant la période préislamique et dans toute la péninsule d'Arabie. En effet, Ibn Nadim, dans son livre al-Fahrast الفهرست, consacre tout un chapitre au manichéisme chez les arabes de la péninsule d'Arabie (lire, en arabe, le chapitre concernant le manichéisme dans le livre الفهرست) et Ibn Qoutayba, dans son livre al-Maarif, écrivit que la "Zandaqa" الزَّنْدَقَة (mot Persan utilisé par les arabes pour qualifier la religion des manichéens mais aussi des zoroastriens) était pratiquée dans la tribu de Qoraych.  

Voici la source, en arabe, dans le livre d'Ibn Qoutayba ainsi que la définition du mot "zandaqa" dans le lexique arabe المعجم الوسيط.
وأبو سود جد وكيع بن حسان كان مجوسياً، وكانت الزندقة في قريش أخذوها من الحيرة
الزَّنْدَقَة : القولُ بأَزليَّة العالم ، وأُطلق على الزرادشتيّة ، والمانوية ، وغيرهم من الثنوية ، وتُوُسِّع فيه فأُطلق على كل شاكٍّ ، أو ضالٍّ ، أو ملحد

Revenons à notre océan céleste. Dans la religion manichéenne, on croyait aussi à l'existence d'un océan d'eau dans le ciel mais la particularité de ces eaux est liée au fait qu'elles sont embrasées par le feu. Cela rappelle indéniablement le verset Coranique 52:6 البحر المسجور.  

Dans la croyance manichéenne, après la mort les âmes des fidèles doivent traverser un océan céleste décrit comme un lieu de souffrance mais aussi de réincarnation vers le Nirvana (illumination, délivrance, éveil, paix suprême, etc.). Dans son article, paru dans la revue Asia Major, le linguiste Hongrois, spécialiste du manichéisme et Professeur à l'Université de Budapest, Gabor Kosa, fait une étude très intéressante sur les différences entre les manuscrits manichéens chinois et manichéens occidentaux. Il s’intéresse plus particulièrement à l'océan de feu manichéen, peu connu, et qui mérite des études plus approfondies du côté des islamologues et anthropologues du Coran pour mieux comprendre l'origine de la mer "en furie et embrasée"  البحر المسجور dans le verset 52:6.
Expansion de la religion manichéenne entre 300 et 600 av J. -C. 
Dans la comparaison qu'il propose dans son article, l'auteur traduit en anglais plusieurs manuscrits manichéens. Voici quelques extraits que nous avons traduit en Français :

H85 "Nous devrions choisir résolument et nous concentrer pacifiquement sur le vrai enseignement,(nous devons) chercher avec diligence le nirvana en traversant la mer de feu
H29 "Glorieux Jésus et Bouddha, élevez (votre) grande compassion et pardonnez nos péchés! Écoutez ces paroles de souffrance et de douleur, et délivrez-nous de cette mer de feu empoisonnée!
H32 "Nous voulons que vous [nous préserviez] des grandes vagues de la mer de feu! À travers le rideau de nuages et de brumes ​​sombres, laissez le soleil de la Grande Loi rayonner partout, pour que nos cœurs et nos âmes soient toujours purs!"

Enfin, et étant donnée que la religion manichéenne était connue à la Mecque dans la période préislamique, comme nous l'avons montré plus haut, il n'est pas impossible qu'elle ait été la principale source d'inspiration pour "la mer en furie et embrasée" البحر المسجور du verset 6 de la sourate at-Tur 52.

Mais qu'en est-il du mot at-Tur lui-même ? Nous avons montré au début de cet article que selon les exégètes musulmans, "at-Tur" était un "mot syriaque" qui signifie "Montagne" et qui serait la "montagne de Sinaï" ou bien "une montagne dans le Paradis". Mais plusieurs questions se posent.

Pourquoi ce mot a été révélé en syriaque en sachant que le mot arabe جبل pour "montagne" existe bel et bien ? 
Existe t-il une relation entre cette montagne citée dans le verset 52:1 et la mer en "furie en embrasée" du verset 52:6 ?

L'océan céleste dans la religion Zoroastrienne (البحر السماوي في الديانة الزرادشتية)

Bien avant les musulmans, les judéo-chrétiens, les manichéens et un peu après les égyptiens de l'ancien empire, les zoroastriens (il y a plus de 3000 ans) et leur prophète Zarathoustra avaient aussi imaginé un océan céleste au dessus de leurs têtes. Cet océan est très connu dans la mythologie zoroastrienne, il s'appelle Vourukasha et il est décrit, à maintes reprises, dans leurs livres sacrés, comme un réservoir céleste des eaux fécondantes, pures et par où se répand toute la fertilité sur terre. C'est un océan très agité parce qu'il est souvent le théâtre de guerres féroces entre la force du bien, représentée par l'étoile Sirius, appelée Tistrya par les Perses anciens, et la force du mal représentée par des démons comme Apaosha et les Pairikas (Pour plus de détails sur la guerre des étoiles zoroastrienne, consultez cet article qui montre aussi l'origine du mythe coranique des versets 37:6, 67:5, 15:18, 72:8-9).

Voici des extraits de cet océan turbulent, avec les références trouvées dans la traduction française du livre sacré des zoroastriens, l'Avesta réalisée au 19e siècle par l'orientaliste belge Charles de Harlez :


Fargard V 70-71, P 131
Vispered VIII, 17-20, P 349
Yacna LXIV, 10-14, P 173-174
Nous apprenons dans le dernier extrait que "Hukairya" est le sommet d'une montagne. Et dans un autre chapitre de l'Avesta, cette montagne est mentionnée et porte le nom de "Hindwa". Elle se situe au milieu de la mer Vourukasha (Source : Tir Yesht, VIII- VI 30-34) :

Tir-Yesht VIII- VI 30.34, P 220

En résumé, les zoroastriens croyaient aussi en l'existence d'une mer agitée qui se trouve dans les cieux mais la particularité de cette mer, selon l'Avesta, est qu'elle abrite une montagne au milieu dont le nom est "Hindwa". Cela pourrait avoir une influence sur l'islam étant donné que la "Zandaqa" الزَّنْدَقَة, qui est un mot Persan utilisé par les arabes pour qualifier la religion des manichéens mais aussi des zoroastriens, était pratiquée dans la tribu de Qoraych (comme nous l'avons montré dans le paragraphe sur le manichéisme plus haut).  

Conclusion

A la lumière des documents présentés dans cet article, nous pouvons confirmer que le Coran est un extraordinaire syncrétisme de cultures populaires des peuples anciens du Moyen-Orient. En effet, et comme nous l'avons vu, les premiers versets de la sourate at-Tur ainsi que le verset 21:33 viennent, une fois de plus, confirmer cela. Ainsi la montagne at-Tur dans le premier verset de la sourate aurait été inspirée de la montagne zoroastrienne Hindwa qui se trouve au milieu de la mer Vourukasha qui est la mer en furie et théâtre de guerres des étoiles antiques chez les zoroastriens. D'autre part, comme le manichéisme a beaucoup puisé dans les croyances zoroastriennes, il n'est pas impossible que la mer embrasée manichéenne, ou mer de feu, théâtre de souffrance pour les âmes dans leur voyage vers le Nirvana, aurait été, elle même, inspirée de la mer Vourukasha. 

La "mer en furie et embrasée" الْبَحْرِ الْمَسْجُور citée dans le coran juste après le verset de la voûte céleste serait donc un syncrétisme des deux croyances manichéenne et zoroastrienne et at-Tur serait la montagne zoroastrienne Hindwa. 

Publié par www.comprendrelislam.com
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